Silex ID – La newsletter de veille sur l’innovation – Africarena/AfricaCom 2017
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Salut les cro-magnons !

Cette semaine, Silex ID a parcouru pour vous plus de 9 000 km en la personne de Valentin afin de rejoindre la magnifique ville du Cap en Afrique du Sud, où se déroulaient une toute nouvelle conférence intitulée Africarena, et un salon de grande ampleur à l’échelle du continent africain, AfricaCom. Ces deux évènements sont l’occasion pour nous de faire un point sur l’état de la scène tech & startup en Afrique en 2017, entre potentiel incroyable et faiblesses encore bien présentes.

Pour une première édition, Africarena fait plutôt fort ! Le format est restreint à quelques 400 participants sur 2 jours, ce qui facilite le réseautage. On vous propose 3 salles pour 3 expériences complémentaires : un programme de conférences classique avec des speakers de qualité, un espace d’exposition pour rencontrer des startups et un programme de pitchs startups et de défis proposés par des grands groupes partenaires, auxquelles des startups répondent en s’affrontant comme dans une arène. C’est efficace et original.  L’enjeu ? Un contrat avec ces grands groupes, bien sûr !

Moins d’originalité du côté d’AfricaCom mais impressionnante démonstration de force avec plus de 13 000 visiteurs sur 3 jours cette année, venus du monde entier et de plus en plus d’Asie ! Bon niveau d’intervenants du côté des conférences bien que la modération manquait de peps…

Voici quelques pistes de réflexion sur l’état de la scène tech en Afrique :

[AfricaTech] L’entrepreneuriat en Afrique a de beaux jours devant lui

Une semaine passée entre deux évènements tech rassemblant des milliers de personnes venus des 4 coins du monde vous assure d’une chose : l’Afrique déborde d’énergie entrepreneuriale. Et cela n’a rien de nouveau. L’entrepreneuriat est ancré dans la culture africaine et l’économie a toujours reposé sur une multitude de petits business. Nombreux sont les intervenants qui constatent un changement positif d’attitude par rapport à l’entrepreneuriat. Se lancer dans cette voie est désormais approuvé des parents ! Favorisant l’émergence de startups panafricaines, le e-commerce et le commerce de proximité sont par ailleurs en plein essor à travers tout le continent comme le démontre la croissance de Jumia créé en 2012 au Nigeria et présent dans plus d’une dizaine de pays ou encore Konga, co-leader du commerce en ligne au Nigeria, dont le chiffre d’affaires est passé de 700 000 dollars à plus de 50 millions entre 2012 et 2014. Il est également intéressant de noter qu’en plus du dynamisme qu’il apporte, l’entrepreneuriat en Afrique est un facteur de diversité. Il ne semble en effet pas y avoir de standard de l’entrepreneur africain. Surtout, les femmes sont extrêmement bien représentées dans la tech, peut-être même plus qu’en France ou aux États-Unis (voir « le chiffre » en seconde partie de newsletter).

[Écosystème] Le défi de l’accès à la technologie

L’énergie entrepreneuriale, le goût du risque, le talent sont donc bien là, mais il reste un certain nombre de freins au développement de la scène tech africaine, et ces limites peuvent se résumer en termes de manque d’accès. L’accès au financement d’abord. L’Afrique ne capte qu’1% des fonds en « seed » destinés aux startups à travers le monde, 75% de ces fonds étant concentrés en Afrique du Sud, au Nigeria, au Kenya et au Ghana… L’accès au reste du continent ensuite via des infrastructures de qualité qu’on ne trouve vraiment qu’en Afrique-du-Sud et dont la quasi inexistence partout ailleurs constitue un frein de taille. L’accès aux compétences est également un problème et beaucoup plus devrait être investi dans l’éducation d’une jeunesse sur laquelle règne le spectre du chômage et de la misère. Des incubateurs comme Mest doivent ainsi recruter les talents via des tests psychométriques et non des examens traditionnels… Mais il n’y a pas de fatalité. De grands progrès ont ainsi été réalisés dans l’accès aux moyens de communication par exemple, grâce à une baisse des coûts (cartes Sim, téléphones, invention du forfait prépayé en Afrique-du-Sud) qui a porté ses fruits. Aujourd’hui, communiquer à travers l’Afrique n’a jamais été aussi peu cher, pratique et facile. Du coup, on fait tout avec son portable, y compris payer ! Le paiement mobile a ainsi connu un essor sans précédent avec des success stories dignes de la Silicon Valley comme la plateforme M-PESA née au Kenya.

[Global] Le paradoxe africain

Une population jeune et débordante d’énergie, de talent et de créativité, une culture entrepreneuriale et tech bien ancrée dans la société, de plus en plus de success stories panafricaines d’un côté, et des faiblesses posant encore de puissants freins au développement des écosystèmes tech de l’autre. Voilà qui résume finalement le paradoxe africain, que j’ai pu ressentir pendant cette semaine. Le potentiel est là et beaucoup l’ont compris, notamment la Chine ou la Russie qui étaient présents en masse sur AfricaCom. Huawei est ainsi depuis plusieurs années le sponsor principal du salon…

Mais on ne peut s’empêcher d’éprouver un certain malaise à parler gadget ou à s’inquiéter de digitalisation de l’économie quand on sait que le souci au quotidien d’une majorité d’africains reste encore l’accès à une eau propre, à des services de santé de base, à un logement décent etc… Certes les startups ont le potentiel d’être un moteur de la croissance africaine, mais avant d’investir dans des levées de fonds, il reste beaucoup à faire en termes d’infrastructures, d’éducation et de soins…

 

Au coeur du Cap, je suis tombé par hasard sur le Truth Coffee Roasting pour un petit déjeuner que je ne suis pas prêt d’oublier ! Le service est absolument charmant et le cadre hyper cool. On retrouve dans l’assiette le « British breakfast » très copieux. J’ai opté pour des œufs Benedict avec sauce hollandaise (et oui en Afrique-du-Sud on peut bien mélanger les genres !), toasts, tranches de bacon généreuses et tomates cerises, le tout accompagné d’un jus d’orange pressé sensationnel et d’un chocolat chaud divin. Une excellente adresse à ne pas rater si vous êtes de passage dans la « Mother City » !

 

 

46%
C’est la proportion de fondateurs d’entreprise femmes en Afrique, contre seulement 17% aux États-Unis. Décidément, l’Afrique a à nous apprendre. Ce chiffre semble être confirmé par une semaine passée entre deux conférences et salons : de nombreux panels avec des femmes, parfois même exclusivement, et un niveau de responsabilités élevé au sein des plus grandes entreprises. Ainsi le CEO de Vodafone au Ghana est une femme et des postes clefs au sein de Google et Microsoft en Afrique du Sud sont occupés par des femmes !
Quand vous ne pouvez plus compter sur l’État, comptez sur les startups !
L’inexistence d’un système d’adresses fiable peut avoir des conséquences dramatiques quand une ambulance doit venir chercher un patient, par exemple une femme sur le point d’accoucher dans des quartiers isolés. Les États d’Afrique n’ont pas su y apporter une solution durable. Or une startup sud-africaine a pris les devants en la matière et a su apporter une réponse aussi innovante qu’efficace. Chaque foyer qui souhaite être localisé peut se rendre sur la plateforme What3words et repérer son domicile sur une carte satellite pour recevoir une adresse code en 3 mots associée aux coordonnées GPS retenues. Les familles peuvent alors faire imprimer un panneau avec ces 3 mots pour marquer leur domicile sur place. Les ambulances ont accès au système et naviguent grâce au code et coordonnées GPS ! Quand vous ne pouvez pas compter sur l’État, demandez à une start-up !

« Talent is equally distributed, opportunity is not. » (“Le talent est équitablement réparti, pas les opportunités”) 

– Aaron Fu, Directeur, Mest

Et si le traitement contre le cancer se trouvait dans le cerveau d’un jeune habitant de Lagos, Accra ou Dar Es Salam ? Mais que, faute d’opportunité ce jeune restait prisonnier de la misère et ne parvenait jamais à exprimer son génie ? Voilà une question qui invite à la réflexion. Elle est posée par Aaron Fu, Directeur de l’incubateur Mest qui donne une chance à des jeunes entrepreneurs africains d’aller au bout de leurs projets de startup. Mest détecte des talents et graines d’entrepreneurs à travers l’Afrique et leur permet de vivre en communauté d’entrepreneurs pour travailler sur leur projet, avec l’aide de leurs pairs. Ils touchent une indemnité mais bénéficient surtout d’une seconde véritable famille, élément essentiel pour des jeunes qui manquent souvent de soutien émotionnel… Les premiers indicateurs sont prometteurs, avec notamment deux « exit » réussies pour Mest.

Une semaine passée au Cap entre deux évènements très complémentaires et d’une grande qualité permet vraiment de se rendre compte à quel point les choses évoluent vite sur le continent africain. On ne peut être que bluffé par l’envie d’avancer, le talent et l’énergie d’entrepreneurs issus d’une immense variété d’horizons. On identifie aussi rapidement les limites et les freins à leur développement. Mais les exemples de progrès ne manquent pas et de plus en plus de success stories contribuent à inspirer toute une jeune génération qui saura utiliser l’entrepreneuriat comme un moteur de croissance pour l’ensemble du continent.

Coming next!

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Eline

All stories by: Eline