Adrien M & Claire B : “la lumière est un personnage à part entière”
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Claire Bardainne et Adrien Mondot sont un duo d’artistes pluridisciplinaires : lui, informaticien et jongleur ; elle, plasticienne, designer graphique et scénographe. Ensemble, ils créent la compagnie Adrien M & Claire B, à l’origine de spectacles et d’installations à la croisée des arts vivants et numériques. Dans l’univers de Claire et Adrien, l’algorithme a son propre rôle, la lumière une masse, le régisseur danse avec les acteurs et les danseurs improvisent en suivant les images projetées sur la scène. Présents au KIKK festival, nous avons eu l’occasion de les interroger sur leur projet et leur univers, un univers sensible et poétique dans lequel le mouvement est roi. Leur spécialité ? Les mirages numériques.

D’où venez-vous et comment avez-vous eu l’idée de créer votre compagnie?

Nous sommes tous les deux des artistes visuels avec différents parcours. Adrien vient du jonglage et de l’informatique, de la recherche en informatique. Et moi je viens plutôt du graphisme et de la scénographie. Quand nous nous sommes rencontrés, Adrien créait des spectacles mettant en œuvre des interactions entre le numérique, le jonglage, la danse et la musique, tandis que moi je travaillais sur le lien entre signe, espace et parcours, explorant les va-et-vient entre imaginaire et réalité. Avec notre compagnie — et les trente personnes qui la composent—, nous poursuivons la recherche d’un numérique vivant: mobile, artisanal, éphémère et sensible.

Dans vos spectacles, vous faites intervenir un programme informatique du réel pour jouer avec les danseurs ou les acteurs. Comment fonctionne-il ?

Adrien Mondot : On développe des outils numériques qui nous permettre de jouer des images comme si c’étaient des instruments. Et pour ça on s’est servi de la nature et plus globalement du réel, la manière dont les choses bougent dans la réalité, pour mettre en mouvement des objets qui ne sont pas réels, par exemple de la lumière, comme s’ils étaient réels, comme s’ils avaient une masse.

Claire Bardainne : C’est de là qu’est née une certaine poétique. On prend souvent cet exemple, si on fait tomber une feuille comme une feuille morte, ça raconte quelque chose. Mais si on fait tomber un mot comme une feuille morte, tout à coup ça raconte autre chose. C’est cette transposition-là qui nous intéresse. On ne cherche pas à retranscrire la nature exactement, mais plutôt à travailler sur un décalage poétique.

Dans vos spectacles, une partie est prévue, mais vous laissez également une part à l’imprévu.

CB : On écrit une partition en fait, on sait exactement ce qui va se passer. Mais comme pour un acteur ou un danseur, chaque représentation est unique. Et les outils logiciels qui sont développés au sein de la compagnie le permettent. On interprète les images à chaque représentation, et les acteurs et danseurs s’adaptent en fonction. C’est intéressant de se dire que finalement c’est un projet qui part de l’image, et qui après éventuellement va aller chercher un chorégraphe.

Vous avez dit pendant la conférence que vous considérez “l’image comme un propre personnage, qui rentre en scène et qui sort de la scène aussi, qui ne disparaît pas.”

CB : Oui voilà, c’est d’abord parce qu’on a envie de faire parler une image, et ensuite on lui trouve des copains. C’est assez rare dans un projet scénique. En général, il y a déjà un texte, un propos, un metteur en scène. Une fois qu’on a l’image, on va ensuite chercher des concepteurs lumière, des concepteurs vidéo, pour appliquer une sorte de programme. Et là c’est vrai qu’on renverse un peu la hiérarchie habituelle.

AM : Si on veut faire en sorte que les images ne soient plus perçues comme des images, c’est très important de ne jamais utiliser le vocabulaire classique du monde des images, comme celui du cinéma où il y a des plans cut, des fades… Tout ce vocabulaire propre, on ne veut pas l’employer, parce qu’il ramène l’image à un autre statut.

Au-delà de vos spectacles, vous travaillez également sur des installations. Qu’est-ce qui a motivé cette diversification ?

AM : Historiquement, la compagnie a d’abord créé des spectacles. Et puis le public avait envie de monter sur scène, alors on a travaillé sur une forme d’autonomisation des dispositifs électroniques pour permettre aux gens de rentrer dedans. C’est une expérience qui nous intéressait puisque c’est généreux, ça permet de voir les choses autrement, de désacraliser aussi un peu le spectacle.

CB : Dans un spectacle, on maîtrise le temps et l’espace. Les spectateurs sont installés dans leur siège, et on décide à quel rythme ils vont traverser une histoire. Avec les installations, ce qui est intéressant c’est que c’est le spectateur qui va faire lui même son propre spectacle en fonction de sa déambulation dans l’exposition. Mais sinon ce sont deux facettes d’une même médaille, d’un même projet artistique et d’une même esthétique.

Vous venez de publier un livre aux éditions Subjectile. De quoi parle-t-il ?

CB : C’est un livre qui s’appelle La neige n’a pas de sens, et qui retrace le processus de création de nos projets. Il est basé sur un long entretien avec l’éditrice, qui a mené ce projet. On y montre beaucoup de documents de fabrication, des documents qui ne sont jamais montrés.

Vos spectacles sont très visuels. Pourquoi le choix d’un livre pour présenter votre travail?

CB : On n’a pas du tout envie de se couper de la réalité physique et tangible, notamment le corps. La rencontre de l’image avec le corps est très importante. On avait envie de garder la présence d’un objet physique pour transmettre aussi une expérience de notre travail.

AM : Un livre c’est aussi un espace pour parler de choses qui est assez vaste, qui fonctionne sur une autre temporalité. On s’est rendu compte que dans les médias, que ça soit écrits ou visuels c’est toujours trop court, les idées sont simplifiées. Dans le livre, elles y sont au complet.

CB : Dans le livre, il y a des oeuvres en réalité augmentée qui permettent de sentir ce qui se passe dans les spectacles et les installations. Et il y a également une version pour tablettes. Ainsi que l’opinion d’auteurs sur notre travail, qui permettent de le mettre en perspective.

Et en ce moment, où peut-on voir vos spectacles ou installations ?

AM : Nos installations sont en ce moment à Moscou, elles seront ensuite à New York, et elles reviendront en Europe mi-2018. Et sinon nos spectacles tournent également un peu partout. On a quatre spectacles en tournée.

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Silex ID

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