Black Mirror : de l’autre côté du miroir
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Quand Charlie Brooker, journaliste et réalisateur, explore le côté obscur des nouvelles technologies, il ne le fait pas à moitié ! Avec la série Black Mirror, dont la 3e saison va sortir à la fin de mois d’octobre, ce sont nos réactions face aux différents types d’écrans rythmant nos vies au quotidien qui sont passées au crible… Et franchement, c’est assez flippant.

Cela faisait un moment que l’on m’avait conseillé de regarder Black Mirror. Et je ne comprends pas pourquoi je ne l’avais pas fait avant ! Chaque épisode nous embarque dans un univers nouveau, avec des acteurs, scénaristes et réalisateurs différents. Un seul fil conducteur : le « black mirror », ce miroir noir que deviennent nos écrans lorsqu’ils sont en veille ou éteints. Et avec cette série, on passe de l’autre côté du miroir, pour découvrir ce que ces technologies vont changer dans notre monde. Ces derniers agissent en effet comme des filtres sur nos vies, révélant par la même occasion notre véritable nature… qui n’est pas forcément belle à voir !

 

Explorez le côté obscur des nouvelles technologies

« [Les limites] sont sans cesse repoussées par notre dépendance à la technologie, et en particulier aux écrans. Par la multiplication et la propagation des contenus. Par le statut extrêmement éphémère de ces contenus, eux-mêmes moteurs monstrueux de notre capacité grandissante à l’oubli ». Voilà, c’est dit. Charlie Brooker, journaliste anglais pour The Guardian, réalisateur et scénariste notamment de Dead Set, signe une série percutante, qui, sortie pour la première fois en décembre 2011, nous prend aux tripes. D’ailleurs, Charlie Brooker le dit lui-même : « cette série est une boîte de chocolat noir. Vous ne savez pas quel chocolat se sera exactement, mais vous savez qu’il sera noir ».


La véritable force de cette série ? D’abord, celle de nous présenter des situations qui paraissent toutes crédibles, dans un futur plus ou moins proche selon les épisodes, et de nous plonger dans son univers très rapidement. Et en plus, pour chacun des épisodes, malgré le fait que ce format soit au final, assez court (une heure en moyenne), nous avons le temps de nous attacher aux personnages, et de nous identifier véritablement à eux. De nombreuses questions nous viennent à l’esprit, pendant, puis après l’épisode. Est-ce la technologie qui est au cœur du problème ? Le créateur de cette série ne rejette pas la faute sur les nouvelles technologies en elles-mêmes dans ses scénarii, mais plutôt sur les gens, qui, « le nez plongé dans leurs gadgets technologiques, se gâchent la vie ». Et ça, on y croit.

 

Une anthologie dystopique

Et si on vous contraignait à faire quelque chose que vous ne voulez pas faire via des réseaux sociaux ? Votre petit(e) ami(e) vient de mourir, accepteriez-vous de tester une version bêta d’une intelligence artificielle vous permettant de discuter avec lui (elle) comme si de rien n’était ? Des puces contenant notre mémoire nous permettent de revisionner et de mieux analyser n’importe quelle situation existent, ne deviendriez-vous pas complètement accro, voire parano ? Choisiriez-vous de vous les faire retirer ? Voici un tout petit aperçu des questions que vous allez vous poser en regardant cette série.

Au-delà de ces aspects, Black Mirror nous embarque dans des péripéties qui se passent dans des temps plus ou moins proches de nous. L’épisode 2 de la première saison, 15 millions de mérites, par exemple, nous plonge dans un futur lointain (on l’espère !) où le commun des mortels est condamné à pédaler tous les jours pour gagner des crédits, pour ensuite pouvoir se nourrir, s’habiller, se divertir, et retourner dans sa chambre, une boîte tapissée d’écrans de haut en bas. Dans cet univers, les publicités pop-ups apparaissent in real life, et, à moins de payer pour les passer, vous êtes obligés de les regarder jusqu’au bout – si vous avez le malheur de fermer les yeux pour ne pas les voir, la pub se coupe et un son strident ralenti… sympa non ?. Cet épisode fait penser à Minority Report : les écrans sont omniprésents, les interfaces utilisateurs réagissent aux mouvements que vous faites… Le seul moyen de ne pas avoir cette vie ? Cumuler suffisamment de crédit (15 millions au moins) pour espérer passer devant un jury et devenir une star. Mais forcément, tout ne se passe pas forcément comme prévu… Mais on ne vous en dit pas plus.

Les premières images de la saison 3 de Black Mirror sont sorties ! Rendez-vous le 21 octobre prochain.
Les premières images de la saison 3 de Black Mirror sont sorties ! Rendez-vous le 21 octobre prochain.

La Chasse est un autre épisode qui pourrait se passer aujourd’hui, et qui est certainement l’un des plus poignants. Une femme se réveille, des médicaments à ses pieds. Une tentative de suicide ? Elle finit par sortir de chez elle, et s’aperçoit que toutes les personnes qu’elle croise la filment, sourire aux lèvres. Tous, sauf deux, qui se mettent à la pourchasser avec des fusils. Pour ne pas spoiler ce qui ne l’ont pas encore vu, nous n’en dirons pas plus, encore une fois. Mais cette histoire nous pousse à nous interroger sur notre tendance à tout filmer, comme des zombies, que cela soit lors d’événements joyeux (spectacles, concerts…), ou pas : dans la vie réelle, les exemples de personnes filmant des accidents ne sont pas rares. Charlie Brooker estime que cette habitude, c’est « presque comme dans un film de zombie je pense. Et puis, j’ai pensé : et si, plus qu’un film de zombie, vous aviez une histoire dans laquelle 90 % de la population est devenue des voyeurs sans émotion ? Qu’arriverait-il aux 10 % restants ? ».

Quand tu veux regarder la suite de Black Mirror mais que tu dois attendre encore un mois…

L’omniprésence des écrans dans nos vies

Dans le monde, nous atteindrons les 3,4 milliards d’internautes d’ici la fin de l’année selon la publication World Factbook de la CIA. Nous envoyons en moyenne 150 milliards de mails chaque jour. Des chiffres qui donnent le tournis, et qui sont si élevé qu’au final, nous n’arrivons même plus à savoir ce que cela représente… Comme le montrait l’excellent documentaire Hyperconnectés : le cerveau en surcharge d’ARTE, nous sommes devenus accros à nos écrans, de l’ordinateur, à la tablette en passant par le smartphone, allant même parfois jusqu’à en utiliser plusieurs en même temps – chaque foyer français est d’ailleurs équipé de 6 écrans en moyenne. Nous sommes reliés en continu au monde, et l’information nous sollicite en permanence, si bien que Thierry Venin, sociologue, parle « de bombardement électronique ».

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Les écrans, comme le montrent bien les épisodes de Black Mirror, nous rendent complètement accros, jusqu’à créer des maladies, que ce soit le burn-out pour certains employés, la cyberdépendance ou, plus original : le FOMO (« Fear of missing out »). La peur de louper quelque chose entraîne les personnes à retourner sans arrêt sur leur smartphone pour vérifier qu’ils n’aient rien manqué, quel que soit le réseau social… Comme le disait Francis Jauréguiberry, un sociologue français, « les TIC contribuent à rendre la vie professionnelle plus stressante [par] excès de solicitations, de fonctionnement dans l’urgence, et par empiètement de la sphère professionnelle sur la sphère privée ». Pour plus d’informations sur ce sujet je vous invite d’ailleurs à aller voir notre article paru dans le Silex ID #06 sur ceux qui, souhaitant se déconnecter, ont su dire non à la technologie !

 

Black Mirror est sans doute possible, l’une des meilleures séries de science-fiction que j’ai pu voir. Chacune des dystopies nous embarque dans un univers bien différent et très rythmé, nous poussant à nous interroger sur le rôle des écrans dans nos vies. Et si vous n’avez plus d’épisode pour patienter avant l’arrivée de la saison 3 (le 21 octobre !), si vous ne l’avez pas encore fait… n’hésitez pas à vous plonger dans Real Humans, qui est dans la même veine !

 

Anaïs Bozino

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