L’art sur le point de se faire uberiser ?
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail

Composer une musique, peindre un tableau, créer des villes futuristes… Les algorithmes envahissent  le monde de l’art et de l’architecture, pour progressivement remplacer nos artistes fait de chair et d’os. Pour le meilleur, ou pour le pire ?

Les algorithmes sont omniprésents dans nos vies. Progressivement, ils nous conseillent des destinations où partir, nous disent quelle musique écouter… orientant nos choix dans notre vie de tous les jours et notre « consommation » d’art. Mais ce n’est pas tout : les algorithmes se mettent maintenant à créer des œuvres d’art eux-mêmes. Les artistes vont-ils eux aussi être remplacés par des machines ?

Amadeus Google

Avec son nouveau projet de machine learning, le « Magenta Program », Google vient de faire en sorte qu’un algorithme écrive sa première chanson. À la fin du mois de mai, c’est une mélodie d’une minute trente qui a été composée. Grâce au logiciel TensorFlow system, qui est en open source, Google compte faire progresser la musique générée par les machines. Le but est également de créer une communauté d’artistes autour de ce projet et de cette technologie. Alors, même si cette mélodie est quand même assez simpliste – une orchestration a été rajoutée après coup, et nous sommes quand même loin d’une œuvre digne d’un grand compositeur… – il n’en reste pas moins impressionnant de savoir que c’est un algorithme qui est à l’origine de cette musique.

On n’en est pas encore à ce point là…

La technologie créatrice de valeur artistique ?

« Les datas sont utilisées par beaucoup de gens pour les aider à être plus efficaces dans leur vie quotidienne ou par les grands groupes pour des raisons économiques. Mais dans ce projet, les données servent à rendre la vie plus belle, à toucher l’âme humaine » expliquait Ron Augustus, développeur informatique chez Microsoft. L’entreprise avait dévoilé, le 5 avril dernier, un nouveau tableau de Rembrandt, peint, non pas par le célèbre artiste, mais par… un ordinateur. C’est en effet un algorithme qui a analysé le style du peintre pour ensuite créer une nouvelle œuvre. Ce fait pose des questions, qui ressemblent fortement à celles que l’on a pu se poser lors de l’arrivée, dans les années 70, de l’art assisté par ordinateur : cet art relève-t-il de la création artistique ? L’art créé à partir d’une machine, ou d’un algorithme reste-t-il de l’art ? Pour Ron Augustus, oui. Concernant le projet Rembrandt, celui-ci affirme qu’ils ont utilisé « la technologie et les données comme Rembrandt a utilisé ses pinceaux et ses brosses pour créer quelque chose de nouveau ». Par ailleurs, même si techniquement, c’est une machine, un algorithme qui est à l’origine de nouvelles œuvres d’art, nous pouvons estimer que c’est l’homme qui reste derrière l’algorithme, donc à l’origine de l’oeuvre.

rembrandt_silexid

Inception dans la vraie vie

Un autre projet, celui de Daniel Brown. Après avoir perdu partiellement l’usage de ses mains dans les années 2003, l’empêchant d’utiliser un pinceau ou un crayon, ce dernier a décidé de développer un logiciel « de conception générative » permettant de fabriquer des décors et des villes futuristes grâce à un algorithme. Depuis, il passe des heures à explorer ces nouveaux terrains virtuels, jusqu’à trouver une forme qui l’intéresse, pour ensuite isoler ces éléments et les appliquer à des photos. « Au lieu de gravir une montagne, je construis cet espace mathématique pour arriver à une destination magnifique dont personne n’a jamais entendu parlé, et que personne n’a jamais vu » explique Daniel Brown. L’algorithme permet donc ici de créer des villes entières, sans avoir à dessiner ou à modéliser en 3D. Au-delà de l’aspect artistique de ce projet, il serait tout à fait possible d’imaginer que ce logiciel révolutionne le monde de l’architecture. En effet, cela permettrait aux architectes, avant de se lancer dans un projet, de mieux appréhender le terrain. Qu’est-ce que cela impliquerait de raser ce quartier ? De modifier ce bâtiment ? Est-ce que le design de cet immeuble irait avec cet environnement ? Autant de question auxquelles il sera possible de répondre, sans passer par la modélisation 3D par exemple…

danielbrown_silexid_town

Et la propriété intellectuelle dans tout ça?

Que ce soit pour faire de la musique, de la peinture, ou même pour construire des villes entières, les algorithmes promettent de bouleverser beaucoup de secteurs comme l’art ou l’architecture, dont on nous parle peu souvent par rapport aux utilisations faites au niveau économique, commercial… Des interrogations vont ainsi naître : les œuvres nées grâce à des algorithmes vont-elles pouvoir être vendues ? À quel prix ? Comment calculer leur valeur ? Lors de la vente, qu’adviendra-t-il de la propriété intellectuelle ? Et surtout, qui achèterait une œuvre qu’il pourrait reproduire lui-même, grâce à un logiciel ?… De nombreuses questions qui promettent d’être passionnantes.

 

Anaïs Bozino

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
AUTHOR

Silex ID

All stories by: Silex ID