Loisirs & SF : du pain et des jeux
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Dans toutes les sociétés, antiques ou modernes, agraires ou industrielles, le divertissement a été un moyen de contrôler et de canaliser l’énergie de citoyens consommateurs qui cherchaient à s’amuser après des journées aux champs, à l’usine puis au bureau. Le cinéma d’anticipation et de SF a beaucoup montré les loisirs comme une espèce d’opium du peuple, moins destinés à distraire qu’à faire oublier ces « nouvelles démocraties dystopiques » chères à Orwell.

Cela ne surprendra personne, les loisirs du futur dans les sociétés occidentales et industrielles proposeront surtout du sport, des courses de bagnoles et de la télé-réalité. Dans Rollerball (1975), de Norman Jewison, nous sommes en 2018 et les États ont disparu au profit de conglomérats géants. L’un des jeux du cirque les plus populaires est le rollerball, un mélange de football américain, de hockey sur glace, de roller skating et de moto cross. Deux équipes s’affrontent dans une partie sans limite de temps, dans laquelle il faut envoyer une massive bille d’acier dans le panier adverse. Mais, contrairement au star system en vigueur dans nos sociétés actuelles, ces gladiateurs casqués sur roues, hyper violents, doivent se fondre dans la masse du groupe et personne ne doit briller. Le mantra du jeu : « le jeu est plus grand que le joueur ». Mais Jonathan E (joué par James Caan et dépossédé de son nom de famille) ne l’entend pas de cette oreille et décide de la jouer perso et de troubler l’ordre établi. Un ordre dans lequel des aristocrates rendus dociles par la consommation de pilules font des virées « sportives » où ils brûlent des arbres avec des petites machines de la taille d’un pistolet, juste pour le fun.

Toujours plus vite !

Dans le film Real Steel de Shawn Levy (2011), les boxeurs se retrouvent au chômage puisque les foules réclament des combats de robots boxeurs, où les régies du « noble art » ont été changées pour correspondre à de la castagne ultra high-tech.

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Dans son chef-d’œuvre de la série B, La Course à la mort de l’an 2000 (1975), Paul Bartel imagine une société futuriste dans laquelle les courses de voitures occupent une place capitale dans la vie des citoyens. Plus rien à voir cependant avec les circuits de Daytona ou de Monaco et des règles précises doivent être respectées par les pilotes : les fous du volant doivent percuter le plus de personnes possibles pour marquer des points. Métaphore criarde du cauchemar mécanique de la civilisation automobile américaine (et ses quelques milliers de morts par an), le film de Bartel dénonce, en amusant, la philosophie du toujours plus fort, toujours plus vite. Après le krach mondial de 1979, un président règne en chef suprême sur la planète, au début du deuxième millénaire. Pour abrutir les masses avides de sports mécaniques, il instaure une course de voiture transcontinentale, menacée par des rebelles qui tentent de renverser le gouvernement despotique. Pas de freins mais des jeux. Et de la vitesse ! La course est évidemment filmée sur le mode d’une émission de télé-réalité où tous les coups sont permis.

Télé-réalité : le sport du futur ?

La télé-réalité est un loisir très apprécié dans le futur. En 1983, le réalisateur français Yves Boisset adapte une nouvelle de Robert Sheckley, Le Prix du danger, avec Gérard Lanvin dans le rôle principal. Dans une société malade de surconsommation et d’oisiveté, les téléspectateurs ne se contentent plus de suivre les aventures microscopiques de jeunes adultes décérébrés se querellant à longueur de journées dans des lofts claustrophobiques.

Les producteurs télé imaginent alors autre chose : une chasse à l’homme, filmée en direct, non stop. Lanvin incarne Francois Jacquemard, un candidat appâté par la récompense : 1 million de dollars s’il réussit à échapper à cinq tueurs et à regagner un repaire tenu secret. L’audimat explose au fur et à mesure des rebondissements et des péripéties violentes (le but est quand même de livrer ce gladiateur en jean aux lions), et le public de la chaîne CTV se prend de sympathie pour Jacquemard. Pour retarder l’exécution du candidat, la chaîne CTV décide de l’aider, mais ce dernier refuse que sa vie repose sur un « marchandage à l’audimat ».

Le film Running Man (1987) de Paul Michael Glaser (d’après un roman de Stephen King, écrit sous son pseudo Richard Bachman) nous plonge au cœur d’une société avide de télé-réalité violente. En 2017, le policier Ben Richards (Arnold Schwarzenegger) refuse d’obéir à ses supérieurs et est condamné à une lourde peine de prison. Un producteur de trash TV le repère et lui propose d’intégrer son jeu, The Running Man, dans lequel le candidat doit échapper à des tueurs lourdement armés en échange de sa liberté. On ne peut pas ne pas mentionner le classique The Truman Show de Peter Weir (1998), dans lequel c’est toute la vie de l’agent d’assurance Truman Burbank (Jim Carrey) qui est filmée et scénarisée en permanence pour une émission de télé-réalité, depuis sa naissance et à son insu !

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Toujours dans le registre du pain et des jeux, mais sans le pain, la série des films Hunger Games, nous plonge au cœur d’une société post apocalyptique, abreuvée ad nauseam de jeux du cirque modernes et ultra violents. Katniss Everdeen vit dans le district 12, le plus pauvre de Panem (pain en latin), une ville fictive qui rappelle une bourgade des Appalaches. Un tirage au sort sélectionne 12 personnes âgées de 12 à 18 ans. Elles doivent s’affronter, et un seul peut survivre. Pas de course à l’audimat ici, puisque le gouvernement force les spectateurs à regarder le jeu télévisé. Mais le futur n’a pas escamoté des loisirs plus traditionnels comme les échecs (tridimensionnels dans Star Trek) ou leur variante dite Dejarik dans Star Wars (Holochess, avec pièces hologrammiques). Pour ce qui est du skateboard volant, il semble que la réalité dépasse bientôt la fiction puisque l’Hoverboard, imaginé par les créateurs de Retour vers le futur en 1989, sera bientôt disponible dans une version très sophistiquée.

Karim Madani

Article publié dans le Silex ID Magazine #07

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