Newsletter Silex ID – Échappée volée 2018
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Salut les cro-magnons !

« Quand les américains font une journée de conférences, ça s’appelle TED. Quand les français font la même chose, on parle d’Échappée Volée. » Il faut dire que l’équipe de Brightness, qui signe le rendez-vous, sait y faire niveau classe et virtuosité : élocutions méticuleusement soignées, métaphores poétiques filées, parenthèses artistiques et banquets soignés… Embarquement immédiat avec Millie Servant à bord de la Roll’s Royce des festivals tech, à 1000 à l’heure sur l’autoroute du chic. Et bonne rentrée à tous, on espère que vous avez passé de bonnes vacances !
La barre était haute pour trouver un écrin digne d’accueillir la cinquième occurrence du symposium tech et ses invités, habitués jusqu’à l’an dernier au charme des Châteaux à la française. Nichée sur l’Île Seguin, c’est donc la Seine Musicale qui a été élue pour accueillir les échanges de haute voltige des échappés. Avec une soirée et une journée complète (après la journée d’ouverture), l’événement est pensé comme un rite technologique, avec un parcours unique rythmé par cinq grandes explorations : The New Frontiers, The New Leader, The New Culture, The New State et The New Life. Décollage immédiat.

« Les choses en auraient-elles été autrement si Christophe Colomb avait eu Google maps ? Si Napoléon avait consulté une app météo ? Si Tinder existait à l’époque de Shakespeare ? » À l’Échappée Volée on le répète : « la dernière frontière non abolie est celle de l’imagination ». Trempons donc trois orteils hors des frontières balisées du réel.

[PERCEPTION] Avoir le pouvoir de se métamorphoser

À l’Échappée Volée, on découvre qu’il est désormais possible de se réincarner. Oui, la technologie permet bien de s’immerger dans le corps d’un autre. Avec ‘The machine to be another‘, Alexandra Ivanovitch invite les officiers de la police nationale américaine dans les corps des réfugiés, et les hommes dans le corps des femmes. Elle permet même à des citoyens lambda de remonter le temps pour se réincarner en un employé de la Memphis Sanitation Worker en 1968 (lors des mouvements civiques aux États-Unis) portant l’écriteau ‘I AM A MAN’. Nouvelle invention confidentielle ? Non, c’est bien la réalité virtuelle qui rend tout ceci possible. Notre schéma mental serait malléable, la preuve avec cette expérience dans laquelle notre cerveau projette des sensations dans une main en caoutchouc. Et pourquoi donc faire croire à notre cerveau que nous sommes quelqu’un d’autre ? Pour susciter l’empathie, réduire les stéréotypes et empêcher le repli identitaire.

[COMPREHENSION] Avoir le pouvoir de lire dans les pensées

L’événement aura également été l’occasion pour les échappés de tester la lecture des pensées à distance… mais à leur insu. Le matin du second jour, on nous explique que, la veille, les visages d’une cinquantaine de participants ont été filmés et leurs expressions analysées par ordinateur. Anne-Marie Gaultier, à l’origine du coup monté, décortique alors leur soirée en pointant les instants où leurs visages ont trahi le plus d’émotions. Elle nous apprend également à lire dans les pensées et à décortiquer une émotion feinte d’une réelle expression : « Si le haut du visage de votre interlocuteur ne se plisse pas lorsqu’il vous sourit, comprenez qu’il simule ». Et c’est crucial, puisque susciter l’émotion, c’est marquer le cerveau ou, comme elle le résume si bien elle-même : « apprendre par coeur, c’est surtout apprendre avec le coeur ».

[ADAPTATION] Avoir le pouvoir de ne pas mourir

Vivre éternellement, on ne sait pas encore le faire. Mais pour vivre longtemps, il faudra le faire en bonne intelligence vis-à-vis des robots. C’est en tout cas la théorie de Mo Gawdat, héritée de l’adage qui veut qu’en informatique, ‘garbage in, garbage out’. Si nous n’éduquons nos IA qu’en leur donnant à voir haine et compétition, elles amplifieront nos maux. « Et si dans le futur nous leur demandons de sauver l’environnement, elles extermineront les humains, car nous sommes son principal ennemi ». Morale de l’histoire : soyons bons et heureux. Facile à dire ? En tout cas lui a déjà quitté son poste à GoogleX avec un seul objectif en tête : rendre 1 milliard de gens heureux sur Terre.


Quand les échappés ne sont pas perchés sur la terrasse ensoleillée de la Seine Musicale pour déguster des délices de chef (et les occasions sont nombreuses), ils peuvent venir butiner du côté des trois foodtrucks installés en renfort pour l’événement. Pour ma part, ce fut un fingerfood libanais et on repart le ventre plein pour une une nouvelle après-midi de food for thought.

« 70 kilo octets suffisaient à envoyer un Homme sur la Lune »

Aujourd’hui, 70ko suffisent à peine à envoyer un email. Mais il y a 50 ans, on y stockait les logiciels permettant d’expédier un humain sur la Lune. Derrière ce chiffre, une évidence : il est urgent de réduire notre empreinte numérique. Comment ? En réintroduisant ré-emploi et durabilité dans la conception de nos outils digitaux. D’ailleurs, l’obésité sied mal aux sites web : la preuve, l’interface sobre et épurée de Google search a largement triomphé sur celle, bariolée et brouillonne de Yahoo.

Brett Johnson, cybercriminel reconverti

Selon l’humeur, on le sur-nommera ‘the Repented Cyber-criminal’ ou ‘the Original Internet Godfather’ (premier parrain d’Internet). Mais pourquoi donc le cybercriminel le plus recherché des États-Unis, créateur de l’ancêtre du dark Web, est-il invité sur toutes les scènes tech du moment ? Parce que son ex-« activité » est une bonne clef pour lire notre société. Dans notre monde, où la perception du réel a plus d’importance que la réalité elle-même, l’information est la seule monnaie étalon. Dès lors, le cyber-crime n’est pas seulement une question d’argent, mais d’élections faussées et de fake news…

Learn Better, de Ulrich Bozer

Dans ce livre, les deux co-fondateurs de l’événement ont puisé l’inspiration pour construire notre voyage initiatique. « Apprendre à apprendre » : voilà la promesse de l’ouvrage. Car le problème, c’est que « les individus peuvent réellement faire des choses des milliers de fois sans apprendre réellement ». Pour éviter cela, plusieurs voies que nous avons testées pendant ces deux jours : susciter l’émotion pour aider à retenir les idées, inviter à les manipuler en workshop pour mieux se les approprier, les fixer grâce aux mémos à la fin de chaque talk… Une approche qui résonne particulièrement avec l’intervention du professeur Stéphane Cloâtre, qui utilise le jeu Minecraft pour familiariser ses élèves à Pompéi et qui a constaté des émotions intactes lors de la visite de ces derniers sur les ruines des bâtiments qu’ils avaient virtuellement bâti quelques jours auparavant.

« Le monde est un reptile qui perd sans cesse sa peau pour pouvoir la reconstruire ». Voilà l’idée qui irrigue les deux jours d’Échappée. Dans un monde où le cycle entre innovation et banalisation de l’innovation s’accélère, on nous rappelle qu’il est essentiel de toujours garder une distance raisonnable entre ses rêves et la réalité. Talks inspirants, speakers rêveurs, démonstrations osées, échanges burlesques et performances poétiques : pour les 500+ happy few venus butiner dans la ruche de la Seine Musicale, la magie opère. On se surprend parfois quand même à espérer davantage de polémiques, d’imprévus et de rencontres incongrues. Mais le rendez-vous remplit sa mission principale : faire germer dans l’esprit de ceux qui font l’innovation la petite graine du tech for good.


Coming next!
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AUTHOR

Eline

All stories by: Eline