Newsletter Silex ID – Fubiz Talks 2018
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail

Salut les cro-magnons !

Aujourd’hui on se demande : la créativité serait-elle un travail de sage-femme ? Ou un processus comparable à la chaîne alimentaire ? Ou encore un terreau dont la fertilité mérite un entretien régulier ? Spoiler alert : aux Fubiz Talks, la créativité, c’est un peu tout ça à la fois. Dans un format voisin d’une Échappée Volée ou encore d’un KIKK festival, l’événement place haut ses ambitions : ici, on fait éclore les créations d’individus visionnaires et on lève un coin de voile sur leurs processus de création respectifs. Millie est allée y faire un tour pour nous ! Elle vous raconte.

Après deux éditions réussies, l’agence de communication événementielle TETRO et le média en ligne Fubiz ont remis le couvert le 4 octobre dernier pour une nouvelle journée de célébration de la créativité. Avec la Salle Pleyel comme couveuse et un panel où se croisent Découflé, Oxmo Puccino ou encore la designer Constance Guisset, l’événement ne manquait pas de panache. On y était, on vous raconte !

 

Ici donc, pas question de parler de VR, d’intelligence artificielle, de e-santé ou encore de robotique : on préfère plutôt tourner sous toutes ses coutures le procédé originel d’où découle toute innovation : la créativité. Qu’est-ce que c’est au juste ? Comment ça se passe concrètement ? Et surtout : est-ce que ça fait mal ?

[ART vs. TECHNIQUE] Créer, c’est usiner
On a toujours tendance à présenter la créativité comme la petite soeur turbulente de l’innovation. Elle aurait quelque chose de spontané, d’imprévu, d’aléatoire, à l’opposé du côté cartésien de son aînée. Foutaises, explique la designer Constance Guisset — mère du célèbre abat-jour Vertigo — puisque « 80% du travail d’un créateur est passé à résoudre des problèmes techniques ». Il y a le temps de la conception, celui du prototypage et celui de la fabrication industrielle. « Oui j’ai des imprimantes 3D et oui, je passe beaucoup de temps dans des usines ». Et puis, la créativité ne peut pas non plus s’extraire de sa dimension purement matérialiste et industrielle: « je vais parfois choisir d’acheter une tente Quechua, qui est moins chère qu’une simple tige rigide, ou une étagère, qui est moins chère qu’une planche de bois ». Une idée confirmée par Philippe Découflé : « Des idées j’en ai tout le temps mais ce qui compte dans une idée, c’est sa réalisation ». Entre artiste et innovateur, il n’y a donc finalement qu’un pas.

[INNÉ vs. ACQUIS] Créer, c’est enfanter 

« Chez Fubiz, on est un peu des sages-femmes : on est là pour accompagner la naissance créative, qui peut être un processus très douloureux ». C’est avec ces mots que le papa de Fubiz, Romain Colin, introduit la journée. Et pour bien enfanter ses idées créatives, l’important est de garder un environnement fertile. « C’est comme un terreau qui s’entretient : on met des graines mais on ne sait pas laquelle va prendre » explique Constance. Et pour enfanter des idées créatives, chacun a sa technique, mais ça va quand même mieux à deux. Les deux jeunes photographes Brodbeck & De Barbuat, comme les architectes du Studio kO Karl Fournier et Olivier Marty évoquent un ping-pong créatif entre les deux cerveaux de leurs duos respectifs. Mieux, ces derniers ont créé un procédé pour formaliser l’accouchement d’idées : avec « l’antithèse mélodique », ils confrontent deux idées qui s’opposent pour en faire émerger une troisième, inédite.

[CONFORT vs. DANGER] Créer, c’est risquer
« 95% de mon travail sont des choses qui ne fonctionnent pas » explique Philippe Découflé. « Si vous ne voulez pas prendre de risques, faites de l’immobilier » appuie Jean-Pierre Jeunet. Qui voudrait tout tester, tout anticiper, étoufferait sa créativité dans le confort et l’immobilisme. Le photographe Rémi Chapeaublanc en sait quelque chose, lui s’est retrouvé coincé dans le confort de son propre succès après sa série de photos Gods & Beasts. « C’est assez bloquant quand la photo la plus connue de votre carrière est aussi la première : on m’a tellement commandé le même type de travail que je me suis posé la question : mais est-ce que je sais faire autre chose ? » Pour retrouver sa créativité perdue, l’artiste a été contraint de se mettre en danger en faisant table rase de ses acquis. Comme l’explique Constance Guisset, « la création artistique est d’ailleurs un processus chimique » : on se met en tension sur un problème et la résolution arrive le plus souvent dans la détente.

Pour éviter que le « lunch créatif » de quelques « happy few » ne fasse des jaloux, l’équipe de Fubiz a mis les petits plats dans les grands pour régaler tout au long des breaks de la journée, notamment en servant la Starck Beer, signée par Starck et la Brasserie d’Olt. Sans parler du goodie le plus original de l’histoire des événements pros : le chewing gum, pour networker en toute sûreté.

5h

C’est le temps qu’il faut à Brodbeck & De Barbuat pour vider la place de l’Opéra Garnier du dernier de ses passants. Le tout sans l’aide de la préfecture de Paris ni de la voirie. Alors comment ? Les 5h correspondent en fait au temps de pose moyen de leur appareil photo pour la réalisation de la série de clichés Silent Worlds. À la manière de Daguerre il y a 150 ans, les deux photographes utilisent de longues durées d’exposition pour expulser tous les éléments mouvants hors du cadre de leur photo et n’en fixer que le cadre immuable et immobile. Quand on nous disait que la créativité était avant tout de la technique…

 

Seb Lester

Si la Calligraphy porn n’existe pas encore, alors il faut l’inventer pour lui. Lui, c’est Seb Lester, typographe et calligraphe anglais qui fait glisser sa plume du papier à la tablette et des univers de la NASA à ceux du New-York Times. Sur Youtube, il génère plus d’un million de vues en reproduisant à la main les logos des plus grandes marques. Une passion qui invite son talent jusque dans les apple stores puisque ses travaux sont en démo dans les iPads du monde entier.

Danse post-internet

Après la musique de chambre, la danse de chambre. Le collectif d’artistes (La) Horde invité par les équipes de Fubiz et TETRO a proposé une parenthèse sonore et visuelle aux talks durant laquelle il évoque le terme de danses « post-internet », des gestes et chorégraphies qui se propagent de vidéo Youtube en vidéo Youtube, comme une immense ola mondiale. Leur constat, plus largement : on a aujourd’hui une mise en réseau de la production artistique et on peut être au courant en temps réel de toute nouvelle création.

Autour du DJ set de Chloé qui clôture la journée, on se dit que les Fubiz Talks ont quelque chose de rafraîchissant. Rarement un événement ne s’est autant attaché à comprendre non pas un secteur, une technologie, un business mais bien un processus physique, mental, chimique commun à des finalités variées. En s’invitant dans l’atelier du designer, la chambre de l’écrivain, le studio du photographe, Fubiz et TETRO parviennent à brosser les grands traits du concept bigarré de la créativité. Mieux, grâce au talent mêlé d’humilité de leurs speakers, ils réussissent à en gommer suffisamment les contours pour que chacun puisse à son tour se sentir autorisé à créer.

Coming next!

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
AUTHOR

Eline

All stories by: Eline