Newsletter Silex ID – KIKK Festival 2017
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Direction Namur avec Clémentine cette semaine pour le KIKK Festival, le rendez-vous incontournable des amoureux du design et de la tech en Europe. Lancé par les deux studios de création belges Dogstudio et Superbe, l’événement a réuni du 2 au 4 novembre dernier 18 000 participants autour de talks, workshops, démos et performances artistiques au cœur de la capitale wallone.

Pour cette septième édition, le festival des cultures créatives et numériques se penche sur la passionnante question de « The invisible narratives », ou comment le storytelling mêlé à l’expérimentation des nouvelles technologies peut nous aider à démystifier le monde dans lequel nous vivons. Plutôt que de nous faire boire les paroles des oracles de la tech, le KIKK préfère donner la scène à des concepteurs, qu’ils soient artistes, designers ou chercheurs. Pas de tables-rondes interminables, mais des talks de 40 minutes qui s’enchaînent sur les trois scènes du Théâtre de Namur et du Palais des Congrès.

CE QU’IL FAUT RETENIR

Voici le contenu que je voulais partager avec vous :

  • [ArtTech] L’intelligence artificielle bouleverse aussi l’art.
    Non contente de tous nous mettre au chômage, elle pousse les artistes à s’interroger sur les limites humaines de la créativité et à développer des machines artistiques autonomes. Mario Klingemann, artiste numérique et résident de l’institut culturel de Google, expérimente avec des algorithmes et va jusqu’à faire de l’IA une muse artificielle. Face à ces modèles auto-apprenants, le rôle de l’artiste n’est plus de créer mais de sélectionner parmi la masse de données produites par la machine ce qui deviendra une œuvre d’art. Comme lui, Memo Akten, génial artiste turque habitué du KIKK, s’appuie sur le deep learning pour interroger notre perception du monde et nos biais cognitifs. Il a scotché toute la salle avec ses vidéos psychédéliques inspirées du procédé DeepDream. Et bien sincèrement, ça fait du bien et c’est rafraîchissant d’entendre parler d’intelligence artificielle dans une conférence tech sous cet angle : plus qu’une menace, elle est une opportunité pour créer et raconter des choses nouvelles.
  • [Augmented Reality] Le temps de la réalité augmentée est arrivé.
    On n’y croyait plus. Et c’est le directeur de l’innovation du ZOO, le think-tank créatif de Google, Matthieu Lorrain qui nous le dit. Grâce à elle, nous pouvons investir l’espace urbain autrement, “transformer nos rues en pages d’un livre” et partir en exploration. Pour Claudio Guglieri, directeur design chez Microsoft, l’utilisation d’un smartphone ou de tout autre medium de communication sera bientôt remplacée par celle des dispositifs de réalité mixte (coucou Hololens), ouvrant la voie à un environnement personnalisé et potentiellement préempté par les marques. Le rôle du designer est d’explorer ces possibles, en réduisant au maximum les frictions et en donnant aux utilisateurs le sentiment de contrôle (ownership) sur des interfaces devenues “irrésistibles” (du nom du best-seller d’Adam Alter). Le modèle publicitaire n’étant pas prêt de disparaître, Claudio insiste sur la valeur du contexte de consommation, que la réalité augmentée peut contribuer à enrichir. Le débat sur la vie privée et l’espace public ne fait que commencer.
  • [Data] “Data is the new oil”.
    Is it?
    Pour Ingrid Burrington, le récit invisible qui entoure les nouvelles technologies est celui de leur infrastructure. Des data centers perdus au milieu du désert américain aux mines de coltan congolaises, les géants de la tech ne sont pas si différents des industries extractives d’antan. La donnée n’est pas une ressource intangible qui remplace le pétrole en tant que moteur économique global. Elle est le produit d’un “régime extractif” qui perpétue l’exploitation énergétique et humaine de régions défavorisées. Arrêtons donc de penser que nous vivons dans une “société de l’information” qui aurait pris le pas sur l’ère industrielle, et intéressons-nous à cette face cachée des réseaux.

Focus Déj

Comme tout bon festival qui se respecte, le KIKK a son “Foodtruck Village”, situé dans la jolie cour de l’Institut Notre-Dame. Au menu, pas de spécialités locales mais des tacos au poulet rôti ou encore des bo-buns et sandwichs vietnamiens. Dommage, quand on sait que c’est à Namur qu’aurait été inventée la frite… On se rattrape sur la bière artisanale avec la Houppe, brassée dans la ville !

TAKE AWAY

WORK IN PROGRESS

J’ai envie de vous parler de deux installations artistiques qui ont renforcé ma capacité d’empathie. La première est l’œuvre de Clare Patey, une artiste londonienne et directrice du Empathy Museum. Elle prend au mot l’expression “walking a mile in someone’s shoes” (se mettre à la place de quelqu’un) et propose aux visiteurs de porter les chaussures d’un inconnu, le temps d’écouter son histoire. On me donne une paire de rangers noires, un casque et un ipod et me voilà partie, déambulant dans les rues de Namur. J’entre alors dans la peau de Sian, une jeune sauveteuse du Royal National Life-boat Institute qui navigue sur la Tamise au secours des âmes perdues. L’expérience m’amène devant l’Église d’Harscamp occupée par l‘artiste belge Lawrence Malstaf avec sa performance, Shrink. Six immenses toiles de plastique installées dans la nef renferment un corps emballé sous vide. Deux tubes permettent aux performeurs de contrôler l’air qui s’échappe des enveloppes de plastique. Au premier abord terrifiante, l’oeuvre devient contemplative. Deux expériences low tech qui visent à nous rendre plus humanistes.

DISRUPT THE CULTURE

Claudio Guglieri me conseille sa lecture du moment : Le Samouraï Virtuel (Snow Crash en anglais, bien mieux), un classique « postcyberpunk » de la SF publié en 1992 par Neal Stephenson qui préfigure le web 2.0 en inventant le metaverse, un monde virtuel composé d’avatars. Une vision sci-fi de la réalité augmentée, qui passionne d’ailleurs son auteur puisqu’il est aussi Chief Futurist de Magic Leap.

LA CITATION WAOUH

Elle nous vient d’Ingrid Burrington, qui cite dans son talk Ursula Franklin, une physicienne et universitaire incroyable (elle est aussi métallurgiste, pacifiste et féministe !), pour qui nous ne sommes rien d’autre que les vers de terre creusant le sol de la société, dans l’espoir que les graines du changement social s’y développent… 🤔

Voilà, le KIKK, c’est fini. Véritable ovni dans le paysage des conférences tech européennes, le festival s’adresse plutôt à des professionnels des industries créatives (¾ des participants) avec une programmation dédiée (des conférences “portfolios” pour les agences de web design et de développement), mais n’oublie pas le grand public avec des installations artistiques surprenantes et des démos de start-ups innovantes. Pour cette édition 2017, le récit et le programme ont été à la hauteur de sa réputation : désacraliser le monde de la tech et de l’art en créant des rencontres inattendues et inspirantes. De mon côté, j’en pars avec un carnet de notes bien rempli, et l’envie de suivre de près la suite du KIKK, la conférence Reboot qui a lieu le 7 novembre à Liège !

Clémentine Malgras
Event reporter pour Silex ID
Journaliste indépendante et cheffe de projet chez Ouishare

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Eline

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