Newsletter Silex ID – NEXT Conference 2017
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Cette semaine, direction Hambourg et ses canaux pour un festival haut en couleurs qui annonce le ton avec un thème décapant : Digital Sucks. Retrouvons Jeff et Matthieu en reportage de deux jours au festival Next.

Après plus de 10 éditions, en profitant de l’esprit musical et rock du Reeperbahn Festival (l’un des gros event pop d’Europe), Next a trouvé une formule qui fonctionne. Passant au milieu des foodtrucks, nous entrons dans le Tivoli Schmitz Theatre, où bretzels et café nous attendent. Sur scène, Pep Rosenfeld, humoriste et maître de cérémonie, annonce la couleur en nous démontrant avec plusieurs exemples que la tech ne remplit pas ses promesses (on nous a promis des robots, et on a Roomba qui nettoie la maison et encore pas très bien !). Pep, plus philosophe, annonce que « Ce n’est pas le digital qui « sucks » mais les gens ».
Next est un événement haut en couleurs qui, à travers plusieurs formats (panel, keynote, workshop…) dans différents lieux (théâtre, dôme, bars…), a su offrir une véritable expérience avec des speakers de qualité et des interludes musicaux (nous avons particulièrement aimé écouter Alice Merton and Band et Antje Schomaker).

Oui, c’est une télé. Ou plusieurs télés collées on dirait.

CE QU’IL FAUT RETENIR

Après 2 jours d’interventions, voici ce qui nous a le plus marqué :

  • Digital sucks, really ?
    David Martin, head of trends chez TrendWatching, lance les hostilités en dénonçant l’optimisme naïf des grandes sociétés tech, qui partent du postulat que tous les gens sont bons, et qu’il suffit qu’ils soient ensemble pour construire un monde meilleur. En s’appuyant sur la citation du cofondateur de Twitter qui avoue s’être trompé sur les vertus de donner la parole à tout un chacun, il montre que toute invention, disruption, technologie a un côté obscur. Le quotidien nous montre que si Google permet de faire circuler des informations, les utilisateurs peuvent en faire des choses fabuleuses mais aussi des objets affreux. Nous devons pouvoir nous autoriser à dire que parfois les techs ne rendent pas le monde meilleur. En conséquence, il nous challenge, nous invite à être transparent, à faire levier sur ce que nous disrupterons pour l’appliquer à de bonnes choses, des choses qui font sens. Plus tard, James Williams professeur à l’université d’Oxford, explique la notion de « Attention Economy« . De manière limpide, il nous montre qu’au lieu de passer notre temps en famille, à apprendre le piano, à faire ce que nous aimons, nous cliquons de plus en plus, nous scrolons, nous likons…  Les technologies nous poussent à l’opposé de ce que nous voulons être mais pire encore, elles nous empêchent de vouloir ce que nous voulons vouloir. Il invoque un combat pour « la liberté de notre attention ». Le combat commence !!
  • Le digital au service du radicalisme politique et de la criminalité
    Vous l’aurez compris, Next souhaite tempérer l’enthousiasme et l’optimisme ambiant autour du digital. Et Jamie Bartlett y est admirablement parvenu en nous démontrant comment le web peut être instrumentalisé à des fins pernicieuses. Journaliste au Daily Telegraph, sociologue, essayiste et écrivain, Jamie Bartlett démontre tout d’abord comment les politiciens radicaux utilisent les supports média digitaux pour éclore puis se répandre à une vitesse vertigineuse. Deux de ses illustrations : Beppe Grillo, comique italien qui a fait de son mouvement Five Star, fondé en 2009, la seconde force politique italienne en à peine 5 ans, le tout grâce à un blog populiste et ouvert à tous, en façade tout du moins (les articles sont minutieusement sélectionnés par ses censeurs). Tout est allé encore plus vite pour Zoltan Istvan, candidat autoproclamé aux élections américaines de 2017 dans une vidéo youtube. Ambassadeur d’un officieux parti politique transhumaniste, il sillonne le pays dans un « bus de l’immortalité » et est porté en superstar médiatique internationale en à peine 9 mois. Jamie Bartlett aborde ensuite le thème du Darknet. Réseau clandestin qui utilise des protocoles spécifiques d’encryptage d’adresse IP, le Darknet a été créé par la Navy à des fins de contre-espionnage et de surveillance informatique. Il est devenu en 5 ans une véritable zone de non droit accessible à tous et très majoritairement utilisé par des criminels pour commercialiser des produits illégaux. Les chiffres donnés par notre bon vieux Jamie donnent le tournis : une dizaine de sites en 2013 pour plus de 30 000 en 2017, 25% du marché des stupéfiants aux UK, et un volume d’affaires annuel de plus d’un milliard de bitcoins pour un site leader du réseau.
  •  L’échec à la fête
    Un petit élan de fraîcheur avec Samuel West qui vient redorer le blason de l’échec, élément central de l’apprentissage qu’il juge injustement décrié. C’est la raison qui a poussé cet ancien psychologue à créer le premier Musée de l’Échec à Helsingborg en Suède. Le musée met à l’honneur plus de 70 innovations furtives annoncées comme des tops qui ont fait un flop pour prouver que même (et surtout ??) les gros poissons les plus chevronnés peuvent échouer de manière retentissante. Au rayon des incontournables du musée, Samuel West parle tour à tour du fameux Newton d’Apple, tablette futuriste toute en un, qui est à ce jour avec ses 60 000 ventes sur 4 ans un des plus gros fiascos commerciaux de l’histoire, et qui est même rentré dans le langage de tous les jours comme synonyme d’échec aux US. À noter également l’improbable combinaison entre une marque et son produit (Lasagne Colgate), la palme de l’innovation la plus inutile qui revient au Tweeter Peek, support exclusivement conçu pour l’application Twitter mais qui ne permet pas d’afficher les 120 caractères du tweet. Enfin notre coup de coeur est décerné à l’Airstream d’Ikea, premier canapé gonflable « autonome » qui se ballade tout seul si vous avez le malheur d’ouvrir les fenêtres de votre salon… On n’apprend pas rien de nouveau sur les vertus de l’échec et comment en tirer profit, mais Samuel West apporte une indéniable légèreté et une ironie qui détone avec le ton grave de ses prédécesseurs.

Focus Déj

À Hambourg, pour le déjeuner, nous avons évidemment mangé un burger. Notre choix s’est porté sur Otto Burger avec des oignons confits et un morceau de lard grillé. Le soir, concert et concert. Entre les docks et le Uebel & Gefährlich, une massive construction en béton armé au milieu de la ville, nos soirées étaient plutôt bien remplies ! 🙂

TAKE AWAY

START (ME) UP

Opnwatr.io, une start-up fondée par Mary Lou Jepsen, prof au MIT, ancienne de Facebook Oculus ou encore GoogleX, veut créer un dispositif portable de MRI (imagerie par résonance magnétique, IRM) pour mesurer les activités du cerveau.
C’est un projet très « moonshot ». Mais ce qu’il faut noter, c’est l’intérêt porté aux start-ups d’interface homme machine. En effet, on peut citer dans le même créneau Neuralink lancée par Elon Musk, des missions de la DARPA, des projets de la Nasa… Plusieurs entrepreneurs se lancent dans la révolution de l’interface homme machine. La fin de la souris et du clavier ?

TECH DEMO

Après un résumé efficace de le technologie blockchain par Frank Bolten (vous pouvez vous rattrapez en regardant la version remixée de Empire State of Mind de Jay-Z), Franck Rosenberger et Manlio Celotti nous donnent ensuite deux applications concrètes de cette technologie sur les industries du voyage et de la musique. Grâce à ses caractéristiques de centralisateur sécurisé, la blockchain permet à des opérateurs de concentrer l’ensemble des briques constitutives d’un voyage dans une seule clé (hôtel, vol, taxi, éventuelles attractions…). De la même manière, le caractère ultra sécurisé des smart contracts permet aux artistes de maîtriser la commercialisation de leurs concerts en limitant la vente des billets nominatifs à des fans. L’objectif est de réguler la revente au marché noir et l’inflation sur le prix des tickets. Un jeu à somme positive pour les artistes, les consommateurs et producteurs !

DISRUPT THE CULTURE

Ce livre écrit par Rick Levine, Christopher Locke, Doc Searls, et David Weinberger est un ensemble de thèses et d’essais. Datant pourtant de 1999, ce livre avait su anticiper les principes des médias sociaux avant l’apparition de Facebook ou Twitter. Ce manifeste évoque également une évolution d’Internet vers une interface marchande à travers les conversations. La conférence de Mark Curtis et Thomas Müller sur « A Brief History of Conversation » montre bien en quoi la conversation devient notre interface sur le web : les chatbots, les messageries, les émojis, la vidéo et, bientôt, la voix et l’IA. Ce classique mérite d’être ressorti du placard !

Next est un festival très intéressant par sa formule (plusieurs lieux), son point de vue éditorial marqué (« Digitak Suck yeah » ) et la proximité avec le festival de musique. On retrouve les codes des event tech sympathiques avec des niveaux d’intervention variables, mais une véritable ambiance pop et rock (dans l’esprit de SXSW) dans une ville bercée par un soupçon de décadence propre aux villes portuaires. Hambourg rock, let me be a pirate of innovation !!

Jean-François Drweski
Event reporter pour Silex ID
CEO de Truster
truster.fr
Directeur chez Espadon Finance
Espadonfinance.fr

Matthieu Vetter
Event reporter pour Silex ID
CEO de Silex ID
www.silex-id.com
CEO de Espadon Finance
Espadonfinance.fr

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Eline

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