Le système d’exploitation souverain fait à nouveau débat
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La création d’un système d’exploitation souverain (OS) exclusivement franco-français, semble remis sur la table des négociations. L’Assemblée nationale, notamment par la voix de Delphine Batho, a réclamé un rapport sur la faisabilité de ce système qui, à terme, mettrait au ban les géants Microsoft et Apple. Un projet loin de faire l’unanimité…

Le projet de loi pour une République numérique a été doté par les députés d’un article demandant un rapport sur l’éventuelle création d’un Commissariat à la souveraineté numérique. Sous l’égide du Premier ministre, cet organisme superviserait la mise en place « d’un système d’exploitation souverain et de protocoles de chiffrement des données ». Cette idée de mettre fin à la dépendance de la France vis-à-vis des géants américains du net et de disposer d’un plus grand contrôle des données ne date pourtant pas d’hier. Pierre Bellanger en fut quasiment le théoricien. Le patron de Skyrock avait mis en avant le concept de « contrôler en un système unifié les services, les réseaux et les terminaux » dans son livre L’Internet Industriel (2013), puis développé dans La Souveraineté numérique (2014). Arnaud Montebourg, alors ministre de l’Économie, du Redressement Productif et du Numérique, souhaitait en 2014 favoriser l’essor d’un système d’exploitation libre, open source et « made in France ».

epa03667998 French Minister for Industrial Recovery Arnaud Montebourg seen at the Elysee Palace in Paris, France, 19 April 2013. EPA/IAN LANGSDON - photographed: April 19, 2013

Un retour accueilli avec railleries

Le monde du numérique ne s’est pas montré particulièrement enjoué par ce projet de loi. Un retour du « Plan Calcul », qui dans les années 60, était destiné à assurer l’indépendance de la France en matière de gros ordinateurs, a été évoqué. De même, certains soupçonnent l’État de vouloir placer des logiciels-espions dans le système d’exploitation, dans le but de surveiller les utilisateurs.

« Si c’est redévelopper un OS à partir de rien […], je n’y crois pas du tout. Technologiquement, c’est un non sens. […] Si c’est pour faire un OS entièrement maîtrisé par l’Etat pour mettre plein de saletés dedans, je m’y opposerai. On n’est pas en Corée du Nord. » Guillaume Poupard, directeur général de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi).

En outre, l’Anssi, chargée de coordonner la lutte contre le piratage informatique, a mis au point Clip. Soit un système d’exploitation sécurisé sur base Linux, en cours de test par des administrations et des opérateurs d’importance vitale, et Guillaume Poupard d’ironiser : « Si c’est cela, faire un OS souverain, de fait, on l’a déjà ». Enfin, selon Numerama, un nouveau système tel que celui envisagé par les députés coûterait près d’un milliard d’euros.

Delphine Batho monte au créneau

Co-auteure de l’amendement, Delphine Batho s’agace de ces contestations. La députée PS des Deux-Sèvres s’étonne que ses détracteurs, avant de critiquer, ne se soient pas intéressés aux débats en vigueur à l’Assemblée. Selon elle, plutôt que de partir de zéro, il s’agirait de développer un système d’exploitation « ouvert démocratique, à partir d’un noyau Linux, garantissant une mutualisation, permettant de soutenir le développement collaboratif d’un écosystème numérique libre, respectueux des lois, dans lequel les citoyens comme les entreprises puissent avoir confiance ».

Il y a urgence à ce que la France ait une politique de souveraineté numérique – Delphine Batho

Auprès de l’AFP, la députée avance trois raisons qui justifient cette urgence. Il y a d’abord la protection des libertés individuelles, puis les enjeux en termes de sécurité, et enfin, « l’enjeu économique, puisque la domination du Big Data par des oligopoles, qui vont être de plus en plus dominants, aboutit à une sorte de siphonnage de l’économie française et européenne ».

Fin avril, le Sénat planchera sur la loi pour une République numérique. Le rapport sur l’OS souverain ne sera remis aux parlementaires que trois mois après sa promulgation.

 

Clément Duboscq

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