Bureau & innovation : où travaillerons-nous demain ?
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Avec l’arrivée des nouvelles technologies, du digital, du collaboratif, entre autres tendances, l’image du vieux bureau poussiéreux a tendance à disparaître progressivement. Aujourd’hui, les entreprises de toutes tailles s’adaptent aux nouveaux comportements de leurs employés, qui sont toujours plus mobiles, jusqu’à modifier l’espace où nous travaillons. À quoi ressembleront nos bureaux dans le futur ? Comment s’adapter à ces nouveaux usages et à cette mobilité grandissante ? Silex ID vous dit tout.

Une grosse toile de laine. Afin d’éviter de détériorer la table lorsque nous écrivions, une « bure » était placée dessus afin d’isoler le parchemin. Il n’y a pas à dire, le terme « bureau » revient de loin ! Le sens du mot « bureau » est ainsi passé de cette toile, à la table sur laquelle on écrivait, à la pièce dans laquelle le bureau était installé. Et à présent, le bureau est au cœur de toutes les préoccupations. En effet, avec l’arrivée des millenials sur le marché du travail, le modèle du bureau tel que nous le connaissons depuis des dizaines d’années mute profondément. Certains vont même jusqu’à prédire sa disparition, comme le sociologue Bruno Marzloff : « il est vraisemblable que la notion même de bureau s’ét[eigne], en voie vers les oubliettes ». Mais qu’en est-il réellement ? De quelles façons se transforme notre espace de travail ? Et pourquoi cette métamorphose a-t-elle lieu ?

Toujours plus mobiles !

Si nos espaces de travail sont amenés à évoluer, c’est surtout parce que nos façons de travailler se sont largement transformées ces dernières années. De plus en plus, nous avons envie de dire stop aux bureaux ternes et à l’éternel métro-boulot-dodo. La hiérarchie est gommée, pour arriver à des organisations de travail non plus verticales comme ça a été le cas pendant longtemps mais horizontales. Bye bye Taylor, on en a assez de toi et de ta division verticale du travail ! Une autre tendance, qui prend toute son importance : le travail s’introduit progressivement dans notre sphère personnelle.

Franck Dondainas, président de Quartus, un acteur de l’immobilier, nous explique : « le XXIe siècle, éminemment humain, s’est accompagné de l’émergence de nouvelles priorités, de nouveaux usages, de nouvelles relations. Les bureaux n’échapperont pas [à ces changements]. Il faut créer une urbanité à l’image de l’Homme d’aujourd’hui : un Homme mobile et digital. Un Homme nouveau qui se recentre sur l’essentiel : son environnement, sa famille, son travail, ses amis… sa vie ».

Notre lieu de travail doit donc nous permettre de vivre notre vie comme nous l’entendons, mais aussi de profiter de nos proches. D’où l’émergence de la question de l’équilibre entre notre sphère privée et notre sphère professionnelle. L’invasion des smartphones dans nos vies et le fait qu’à présent, Internet soit disponible partout ne sont pas étrangers à cette interrogation. Bruno Marzloff nous interpelle à ce sujet : « dans ce magma où se broient le personnel, le social et le professionnel, où est le bureau ? ». C’est grâce à nos smartphones et nos ordinateurs portables (à cause ?) que nous devenons toujours plus mobiles, capables de travailler où que nous soyons. Dans le métro, à la maison, dans un café, pendant une soirée chez un ami, dans un parc…

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Tous les lieux, quelle que soit l’heure, deviennent propices au travail. Ce sont donc tous ces éléments cumulés qui entraînent de profondes mutations de nos espaces de travail. Brigitte Cachon, Directrice Transformation, Marketing & RSE de Gecina, une société foncière, confirme cette idée : « depuis plusieurs années, une réelle évolution des modes de travail et de management impacte directement la façon de concevoir les espaces de travail, et donc d’imaginer les immeubles de bureaux. ».  À l’heure où nous pouvons travailler où nous le souhaitons – les cas de personnes décidant de travailler à l’étranger pour pouvoir vivre leurs passions, être avec leur famille ou voyager, tout simplement, ne sont plus rares ! – qu’est-ce qui motive encore les entreprises à faire venir leurs collaborateurs au bureau ? Car tout l’enjeu des entreprises est là : il faut créer des espaces pour que les personnes ne vivent plus le fait de venir au bureau comme une contrainte, mais bien comme un plaisir. Franck Dondainas le rappelle d’ailleurs : « l’homme doit être placé au cœur des espaces qu’il habite ! ». Et pour cela, il faut concevoir une nouvelle urbanité dédiée aux nouveaux usages.

Lieu de travail, lieu de vie

L’enjeu aujourd’hui est donc de réussir à créer des bureaux accueillants, plus conviviaux, collaboratifs, voire informels. Lorsqu’il parle de son projet « Des bureaux à vivre », l’architecte Jean Nouvel rappelle que nous passons souvent, voire très (trop ?) souvent, plus de temps au bureau qu’à la maison. « J’ai toujours été frappé par l’anonymat qui règne dans le monde du bureau. Nous avons besoin de changer nos façons de penser. Les bureaux, où qu’ils soient, devraient être des espaces identifiables, appropriables, transformables, imprégnés d’humanité, de couches d’histoire et d’objets, bref, des lieux agréables. Travailler signifie vivre, habiter ! ».

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Et de ce côté-ci, il reste encore des progrès à faire. Surtout lorsque l’on sait que seule une personne sur dix est épanouie et satisfaite de son lieu de travail, selon une étude d’Opinion Way. Mais alors, que faire pour répondre à tous ces nouveaux usages ? WeWork, Nextdoor, Neo-Nomade… Les espaces de co-working, ces espaces partagés proposant des services intégrés fleurissent partout dans le monde. Pour le moment, il semblerait qu’il s’agit de la réponse la plus appropriée à la digitalisation du monde et au nomadisme naissant. Florian travaille à Montréal, dans un espace WeWork. Ce réseau mondial d’espaces de co-working, né en 2010 à New York, permet d’avoir un bureau pour pas trop cher, d’accéder à une grande communauté et à des bureaux partout dans le monde, en fonction du pays dans lequel nous voulons, ou nous devons travailler.

« L’avantage de WeWork, c’est la communauté. Nous sommes 1 200 dans le bâtiment où je travaille. En plus, le prix est imbattable. Chaque jour, des événements ont lieu, le design des bureaux est top, et bonus : la bière est gratuite ! ».

La communauté de WeWork est en effet très développée. Une application web et mobile joue le rôle d’un LinkedIn interne, pour pouvoir communiquer avec tout le monde, envoyer des messages aux personnes située dans le même bâtiment ou au même étage. « C’est idéal pour recruter ou trouver un prestataire spécialisé ». Seul bémol : l’optimisation de l’espace va parfois trop loin, au détriment du confort et du bien-être… qui sont pourtant devenus primordiaux !

Travailler dans un cocon

Pour répondre à ces nouveaux besoins, finalement, le bureau se transforme en tiers-lieu. De quoi s’agit-il ? Le tiers-lieu correspond au troisième endroit de socialisation, après la maison et le travail justement : cela peut être une bibliothèque ou un bar par exemple. Cette notion, introduite par le sociologue américain Ray Oldenburg en 1989, est plus que jamais d’actualité. En effet, le tiers-lieu implique qu’à l’intérieur-même du bureau, de nouvelles pratiques sont mises en place pour arriver à créer un bureau-cocon, dans lequel nous nous sentons comme à la maison. Les grandes entreprises comme Danone ou la Société Générale, ainsi que les nouveaux lieux de types co-working créent différents espaces dans leurs locaux. Cuisine, espace détente, espace ludique, fauteuils confortables, salles de réunions, pièces où l’on peut s’isoler, open-spaces… Tout est fait pour que l’utilisateur se sente à l’aise, quelles que soient ces missions du jour, voire de l’instant.

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Par ailleurs, nous avons également tendance à faire pousser des plantes sur nos lieux de travail. Basilic, tomates, plantes aromatiques… tout est fait pour oxygéner nos cerveaux et nous rendre plus créatif, mais aussi pour nous nourrir. Ciel mon radis ! est peut-être le meilleur exemple de cette tendance. La start-up, spécialisée dans la vente de potagers à cultiver en entreprise propose, entre autres, d’animer un atelier jardinage avec les équipes de l’entreprise, favorisant ainsi le team-building. En plus de cela, « le potager devient un espace de pause et d’échanges informels pour vos collaborateurs » précise la jeune pousse sur son site.

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Autre point important, qui est assez paradoxal avec cette hyperconnexion que nous vivons au quotidien, c’est que nous cherchons à avoir des lieux où il est possible de déconnecter sur nos lieux de travail. Qui ne s’est pas déjà perdu dans les affres de Facebook alors qu’il allait juste chercher une information sur Internet ? Qui n’a jamais été déconcentré par une nouvelle notification venant de sa boîte mail ou de son smartphone ? L’enjeu aujourd’hui pour le bureau est de proposer à ses utilisateurs des endroits où il est possible de se poser un peu, ou de pouvoir travailler sans être connecté. Pour cela, de nombreux projets ont vu le jour, comme Distractagone, cette boîte où vous pouvez enfermer votre portable pendant un temps ou Saent, une application (ou un bouton sur votre ordinateur) qui vous permet de désactiver certains sites web ou applications durant des laps de temps plus ou moins courts. Agata Nowak, une jeune designer polonaise, a également créé un fauteuil-cocon dans lequel vous pouvez travailler, vous reposer, tout en étant déconnecté : une poche, qui bloque Wi-Fi, 3G et 4G, a été conçue pour que vous laissiez votre portable à l’intérieur, et déconnecter, au moins un instant !

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Vers un bureau éphémère

Et dans le futur, comment ça va se passer ? Pour Philippe Morel, président de Nextdoor, « nos bureaux vont évoluer en écho aux changements que connaissent nos façons de travailler. Pour autant, la notion de bureau au sens d’espace de travail professionnel ne va pas disparaître, mais bien profondément muter ». Et lorsque l’on voit certaines initiatives, on n’en doute pas ! Si l’idée de faire pousser des plantes dans nos espaces de travail est originale, certains sont allés beaucoup plus loin dans la démarche. Portés par l’idée que « nous, les humains, nous avons vécu dans la nature pendant des centaines de milliers d’années », et qu’il n’y a pas de raison que ça change maintenant, des Hollandais ont créé Kantoor Karavaan en 2015.

« En ces temps d’innovation technologique et de connexion permanente, nous sommes à la fois face à notre envie de retourner dans la nature et de vivre en autosuffisance en termes d’énergie et de nourriture, et celle d’être toujours capable de faire notre business quotidien ».

Et pour répondre à cela, cette start-up propose une caravane, équipée d’une connexion Wi-Fi, d’un panneau solaire pour recharger smartphone et ordinateur portable et d’une petite cuisine. Travailler dans ce type d’espace vous permet d’aller travailler dans la nature, ce qui favorise la concentration et la créativité, tout en augmentant notre efficacité et en réduisant notre stress. En effet, quoi de mieux pour décompresser d’une grosse journée de travail qu’une petite balade dans la nature ?

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Sans aller jusqu’à vivre dans les bois en permanence, « les salariés attendent maintenant de pouvoir arriver le matin à leur bureau avec la possibilité de partir faire un footing dans la matinée et de se doucher avant une réunion » précise Philippe Morel. Pour répondre à notre mobilité, nos bureaux deviennent éphémères. À New York, il est ainsi possible de travailler dans des restaurants haut de gamme pendant leurs heures de fermeture grâce à la start-up Spacious. Cela permet d’optimiser ces espaces qui sont trop souvent vides. Lorsque les voitures autonomes seront démocratisées sur nos routes, nous pouvons imaginer que ces dernières deviendront également un bureau, le temps de nos trajets.

La digitalisation et notre nomadisme grandissant modifient nos pratiques et nos façons de travailler. Désormais, nous pouvons choisir nos horaires et nos lieux de travail. Nous nous dirigeons donc vers des bureaux qui seront de plus en plus éphémères, et qui soient ouverts à n’importe quelle heure. Nous n’aurons très certainement plus qu’à choisir l’endroit où nous souhaitons nous poser avec notre ordinateur, notre téléphone… et notre petite laine, pour travailler, selon notre humeur du jour !

Anaïs Bozino

Les Cro-Magnons, on se retrouve très vite pour un nouvel article sur le futur du travail : les nouveaux espaces de travail et ces nouvelles pratiques sont-ils réellement efficaces ? Nous rendent-ils réellement plus créatif ?

 

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