Comment les start-ups ont conquis le monde !
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail

Voilà déjà quelques années qu’elles ont le vent en poupe. L’engouement s’était légèrement étouffé après l’éclatement de la bulle internet, mais la grande majorité des entrepreneurs n’a pas lâché l’affaire. Aujourd’hui, l’ordre des choses est en train de s’inverser, et les grands groupes courent désormais après ces jeunes pousses qui réussissent à faire parler d’elles avec un business model convaincant. Comment travailler avec elles ? Comment se nourrir de leur énergie ? Pour mieux comprendre les enjeux de la digitalisation, voici une plongée dans l’histoire de la start-up, cette jeune entreprise prête à tout pour révolutionner l’économie.

la fin des années 90, les jeunes diplômés des grandes universités et écoles françaises se pressaient au portillon pour travailler dans les grands groupes. Les entreprises du CAC 40 étaient considérées comme le Graal, le but ultime du jeune salarié, amadoué à coup de voiture de fonction, de notes de frais et de juteuses primes de fin d’année… Tout le monde voulait être embauché chez L’Oréal, Auchan ou la Société Générale, et ceux qui avaient le cran de parler de start-ups aux talents de l’époque passaient pour des illuminés. Travailler dans une petite structure qui risque à tout moment d’exploser en vol, sérieusement ? Et la visibilité à long terme alors ? Une quinzaine d’années plus tard, les choses ont bien changé : si les grands groupes restent concurrentiels pour embaucher, une grande partie des talents de la nouvelle génération (Y, oui…) rêve désormais de s’envoler pour la Silicon Valley et de décrocher un boulot pour Mark, Larry, Tim ou encore Elon. Certains acceptent même de rester en France pour travailler pour les grandes start-ups françaises, voire, consécration ultime, de monter leur propre boîte et développer leur propre projet, trouver leur propre business model… Une façon de participer à la plus grande aventure commune de ce début de siècle : celle de ce nouveau monde fascinant des start-uppeurs, révolutionnaires des temps modernes qui n’ont peur de rien et qui sont prêt à tout pour changer le monde !

start-up_histoire_silexid-2

Et oui, le fantasme d’amasser une fortune à la Gordon Gecko n’a pas passé le millénaire, il est resté scotché dans les années 90, loin derrière nous. Les héros du XXIe siècle s’appellent Zuck, Musk, Page et Jobs, ex-geeks devenus businessmen malgré eux, qui vont en rendez-vous d’affaires en sweat à capuche et baskets. Tout le monde en parle : la start-up est devenue le buzzword par excellence, les médias en ont fait le nouveau marronnier des pages business & éco. Tout le monde est fasciné par cette nouvelle culture du travail basée sur l’agilité, l’autonomie, la culture du fail et un management basé sur le coaching et la motivation des collaborateurs, plutôt que le contrôle et la hiérarchie.

De leur côté, les grands groupes se sentent dépassés, certains leaders de marché craignent de se faire « uberiser ». Du coup, ils essaient tant bien que mal de prendre le train en marche : ils montent des accélérateurs, des incubateurs et des programmes d’Open Innovation… Et les politiques insistent sur la force de la capacité entrepreneuriale française, et l’attrait national pour l’innovation. Mais en vrai, à quoi sert une start-up ? En quoi se différencie-t-elle d’une autre boîte ? Et que signifie réellement ce mythe des temps modernes qui intrigue, fait peur, mais surtout fascine ?

Avant les années 2000

« Les start-ups ne gagnent pas en attaquant. Elles gagnent en transcendant. » Paul Graham, programmeur et investisseur, directeur de l’accélérateur Y Combinator.

Historiquement, les start-ups existent depuis bien longtemps. Si on en recense depuis les années 1920 aux États-Unis, la première mention officielle apparaît dans le journal Forbes du 15 août 1976. Le rédacteur du magazine américain y décrit le modèle économique de certains fonds d’investissement comme étant « l’activité peu attrayante d’investir dans des start-ups dans le domaine du traitement électronique des données ». À l’époque, la définition de ces « nouvelles entreprises » est proche de celle que l’on a des PME innovantes aux États-Unis, d’après la déclaration de la SBA (Small Business Administration) : « une entreprise orientée vers les nouvelles technologies et qui a un fort potentiel de croissance ». Une définition entrée dans les annales, vu que les start-ups les plus successful nous viennent encore et toujours de l’autre côté de l’Atlantique. Cependant, confondre une start-up avec une PME est un véritable contre-sens : cette dernière est une société établie, avec une croissance constante et un modèle d’affaires connu. À l’inverse, Steve Blank, auteur prolifique sur le thème des start-ups, définit une start-up de la manière suivante : « une organisation temporaire qui sert à trouver un business model réplicable et scalable (échelonnable) ». La start-up est donc en recherche de son modèle d’affaires (la vente, l’abonnement, l’affiliation, l’intermédiation, la désintermédiation…) et va se distinguer d’une PME par son objectif d’hyper croissance. Compte tenu de leur niveau de risque spécifique très élevé, celles-ci sont généralement financées sur fonds propres. Le nombre d’années d’existence importe peu, comme le déclare Paul Graham : « Une entreprise de cinq ans peut encore être une start-up ». En réalité, plus qu’une définition immuable, la start-up est un « état » par lequel passe une société en hypercroissance, avant de cartonner (ou de fermer ses portes !).

Depuis longtemps, les places financières s’intéressent aux start-ups. Dès 1920, l’apparition d’entreprises se lançant sans actif et avec très peu de fonds dans une aventure incertaine, et dans un environnement technologique en pleine mutation, suscite la curiosité des bourses et des particuliers. On constate à l’époque un phénomène intéressant : ces entreprises, qui ressemblent déjà aux start-ups que l’on voit aujourd’hui, se donnent pour objectif de créer les premières émissions radio. C’est le début de la radiomania. Plusieurs émissions se créent, pourtant ces start-up companies pré-Internet ne faisaient aucun chiffre d’affaires, et les revenus publicitaires ne sont mis en place qu’à la fin des années 1920. Elles sont donc très semblables aux start-ups que nous connaissons, qui n’ont pas encore de business model, et démarrent sans actif et sur fonds propres. La première émission, sur la station KDKA, crée un engouement sans précédent, alors même que les voix étaient hachées et la musique imperceptible.

Le mythe du garage

« Notre industrie ne respecte pas la tradition – uniquement l’innovation » Satya Nadella, CEO de Microsoft.

Dans la mythologie start-uppienne, le garage fait office de lieu sacré. En effet, bien avant la bulle Internet, de nombreux futurs patrons de boîtes de tech ont fait leurs premiers pas (et leurs premiers bidouillages) dans le garage de leurs parents, avec quelques dollars en poche et, déjà, cette envie de révolutionner tout un secteur. Le cas exemplaire de ces aventures est la création de Hewlett-Packard, le 1″ janvier 1939, monté avec un capital initial de 538 dollars (l’équivalent de 8 000 euros en 2016). Mais il n’y a pas que les start-ups high-tech qui commencent dans leur garage : Walt Disney et son frère squattent celui de leur oncle Robert Disney, et le transforment en atelier de dessinateur. Même chose pour Mattel, en 1945, qui deviendra une marque célèbre pour sa Barbie et ses Hot Wheels. Et s’il y a un mythe à retenir, c’est l’aventure de deux zozos à Los Altos (Californie) en 1976. Vous vous en doutez : il s’agit de Steve Jobs et Steve Wozniak, qui créent Apple Computer, simplement renommé plus tard Apple. Encore une fois, on a du mal à imaginer que cette start-up, lancée un 1″ avril dans le garage des parents de Steve (comme le fut Microsoft en 1975), ait fait la plus importante capitalisation boursière de l’histoire.

Parmi les dernières start-ups à avoir fait parler d’elles mondialement avant les années 2000, Google fait, elle aussi, partie de ces sociétés créées dans un garage — loué cette fois-ci. Vous connaissez la suite de l’histoire : 50 000 employés dans le monde, 550 milliards de dollars de capitalisation boursière, 90 % de parts de marché… On pourrait continuer sur des dizaines de lignes la réussite exceptionnelle de ces start-ups de l’avant-bulle. À l’époque, il suffisait sans doute d’avoir une idée révolutionnaire, puis de la développer dans son coin, en évitant les regards indiscrets et en préparant son takeover sur le monde.

Le crash de 2000

« Chaque problème a sa solution. Il faut simplement être assez créatif pour la trouver. » Travis Kalanick, fondateur d’Uber.

Avant 2000, Internet est en plein essor et les investisseurs et entrepreneurs y voient un potentiel fabuleux. Le terme start-up est devenu véritablement populaire à la fin des années 1990 pendant la prolifération des dot-com (« point com » en français) où beaucoup de start-ups cherchaient des valorisations extraordinaires avec des introductions rapides en bourse promettant de fabuleux profits potentiels. En 2000, Internet et les entreprises du numérique connaissent le premier, et on espère le seul, crash financier du secteur. La bulle éclate et les valorisations s’effondrent. Les investisseurs se détournent de cette typologie d’investissement pour des positions plus classiques. Plusieurs sociétés ne reçoivent plus de fonds et perdent tout. Les grands groupes qui se sont positionnés sur ce créneau se retirent. Les années 2000-2005 sont une période de ralentissement dans l’histoire de l’entrepreneuriat d’innovation de rupture. Et la notion de start-up va quelque peu évoluer après l’éclatement de la bulle Internet.

Quelques années plus tard, les potentialités d’Internet se révèlent réellement, et attirent de nouveau les investisseurs et les entrepreneurs. Plusieurs facteurs permettent la fertilité de ce terrain d’entreprise. Tout d’abord, la légendaire conjecture de Moore (on l’appelle souvent la « loi de Moore » alors que ce n’est pas une loi au sens académique) se constate et la technologie progresse à une vitesse hallucinante, les puissances de calcul et les capacités de stockage doublent environ tous les dix-huit mois. En conséquent, aujourd’hui pour quelques dollars, vous pouvez acheter des composants électroniques de pointe (GPS, capteurs photo ou vidéo…). Le second facteur est dû à l’évolution d’Internet et l’essor du Web 2.0. Ce terme est mentionné dès 2003 par Dale Dougherty, mais ne commence à être utilisé véritablement qu’en 2007. Mais que veut dire le Web 2.0 pour les start-ups ? Il est synonyme d’interface-client et d’effet de réseau : en effet, avec le nouveau Web se créent les internautes, qui interagissent entre eux et avec les entreprises. Le Web n’est plus une interface à sens unique, uniquement descendant, permettant essentiellement d’obtenir des informations et de commander des produits, mais bien une plateforme bi-directionnelle d’échange et de dialogue. Créé en 2004, Facebook incarne cette évolution. Désormais, le monde entier peut se faire entendre. Le consommateur peut donner son avis, exprimer ses envies ou se plaindre d’un mauvais service.

Comme le disait Mahatma Gandhi : « [Le client] n’est pas en dehors de l’entreprise. Il en fait partie. » Vous l’aurez compris, le client est enfin devenu roi !

La nouvelle mythologie

« Du plus important au moins important, voici ce que les start-ups doivent savoir faire : croissance, produit/design, technique, business. » David Sacks, CEO de Yammer

En 2010, sort au cinéma The Social Network qui dépeint les mésaventures de la création de Facebook et met en scène une nouvelle atmosphère de travail. Désormais, être geek c’est cool… fini le mauvais nerd, fan de jeu d’échec et de Dungeons & Dragons. Le film dépeint évidemment une vision idéalisée de la start-up, dans laquelle l’entrepreneur devient milliardaire en 3 ans après avoir seulement écrit une formule sur une vitre. « Les jeunes entrepreneurs qui viennent me voir me parlent tous de ce film », déclare Oussama Ammar dans sa conférence Les Barbares attaquent Hollywood. Et d’enchaîner : « ils se rendent compte ensuite du travail qu’il y a derrière cette équation ! ».

De plus, depuis les années 2000, plusieurs penseurs commencent à théoriser sur le sujet. De nouveaux concepts apparaissent comme le lean start-up, le MVP (minimum valuable product), le Design Thinking… Blank et Ries, qui ont commencé à travailler sur le Lean Start-up en 2004, expliquent que « le démarrage d’une entreprise doit être accompagné d’itération en design, de validation des concepts et d’expérimentations scientifiques ». Au-delà des publications spécialisées, quelques caractéristiques sautent aux yeux. De par leur taille et la tension financière qu’elles subissent, les start-ups font preuve d’agilité. Et cette fameuse agilité, c’est en partie ce que les grands groupes leur envient. Une agilité qui se traduit aussi en termes d’organisation temporelle : l’échelle de temps d’une start-up est la semaine, voire le mois, alors que celui d’un grand groupe est l’année, le trimestre au mieux ! L’autre élément différenciant, c’est que les start-ups sont centrées sur l’utilisateur et non sur le produit. Elles peuvent rapidement tester leur concept, déterminer un MVP, questionner leur cible, améliorer leur proposition de valeur. Les entrepreneurs cherchent à résoudre un problème, une situation très concrète qu’ils ont vécue. On connait tous l’histoire de Travis Kalanick, le fondateur d’Uber, qui en sortant de soirée à Paris, et, totalement désespéré par la pauvreté de l’offre (on le comprend), a eu l’inspiration d’un service de plateforme de chauffeurs géolocalisés.

start-up_histoire_silexid

De plus, l’agilité autorise l’erreur, il y a donc une culture de l’échec et de l’apprentissage. Et ne l’oubliez pas, l’informatique et le développement sont devenus cool, ce ne sont plus des disciplines obscures que l’on peut ignorer. Une nouvelle forme de travail voit le jour. Pas d’uniforme ou du moins pas de costumes-cravate mais des jeunes trentenaires en jeans-baskets, et le sentiment de travailler pour un monde meilleur. Dans la série Silicon Valley, les start-ups s’imposent (de façon drôle et décalée) la mission de « make the world a better place ». Ce storytelling efficace auprès de l’écosystème a également des vertus en termes de management. Motivés par ces nouvelles considérations, les talents affluent ! Ils ne se rendent pas forcément compte que tout n’est pas non plus aussi rose qu’on le pense : en 2014, il y a eu 6 fermetures d’entreprise par heure en France, dont 85 % concernent des microentreprises, et des entreprises de moins de 3 ans (donc beaucoup de start-ups). Et, quand elle réussit à marcher, en trouvant son business model, une start-up doit commencer à se structurer, revoir son organisation pour absorber son hyper croissance. Vous l’imaginez bien, l’organisation d’une société change du tout au tout s’il y a 10 employés et s’il y en a 100, 200, 400, et ainsi de suite. C’est alors un nouveau défi à relever, en s’inspirant (cette fois-ci) des bonnes pratiques des grandes sociétés, tout en gardant impérativement la culture, le management et l’agilité du départ.

Jeremy Pistien, Matthieu Vetter & Daniel Geiselhart

 

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
AUTHOR

Jeremy

All stories by: Jeremy