Objets connectés : l’avènement du web 3.0
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Digne successeur du Web 2.0 et de son aspect social (blogs, réseaux sociaux, espaces collaboratifs en ligne), le Web 3.0. recèle encore de nombreuses incompréhensions. Justement, que se cache véritablement derrière cette nouvelle tendance que l’on appelle aussi « l’Internet des Objets » ?

En guise d’introduction, revenons un instant sur la terminologie. Nous avons souvent l’habitude d’utiliser les mots « Web » et « Internet » comme des synonymes, cependant c’est une erreur. Si le Web peut être vu comme une toile d’information (chaque point de cette toile étant un contenu différent – page, article, photo, vidéo…), l’Internet est le réseau de transport de données qui permet de relier ces différents points entre eux. Le Web que vous connaissez si bien utilise donc l’Internet, mais n’est que la partie visible d’un iceberg qui nous réserve encore de nombreuses surprises!

L’invasion a commencé

L’Internet des Objets est défini par Pierre-Jean Benghozi et Sylvain Bureau comme «un réseau de réseaux qui permet, via des systèmes d’identification électronique normalisés et unifiés, et des dispositifs mobiles sans fil (RFID, Wi-Fi, 4G, Bluetooth, NFC… NDR), d’identifier directement et sans ambiguïté des entités numériques et des objets physiques et ainsi de pouvoir récupérer, stocker, transférer et traiter, sans discontinuité entre les mondes physiques et virtuels, les données s’y rattachant».

L’Internet des Objets est donc l’infrastructure qui permet aux objets d’être connectés en utilisant des technologies déjà existantes. Mais plus précisément, qu’est-ce qu’un objet connecté ? Tout simplement un appareil qui a la capacité d’envoyer de lui-même à un système d’information distant (serveur), en permanence ou à intervalles réguliers, un relevé, un statut, une consommation, une information, ou une géolocalisation le concernant.

Le premier objet connecté ? Un grille-pain !

nabaztag
Nabaztag, ce petit lapin Wi-Fi présenté en 2005 capable de se connecter à Internet pour vous lire les dernières nouvelles concernant l’actualité et la bourse

En 1990, un an avant avant la création de la première page web, John Romkey crée le premier objet connecté
, un grille-pain pouvant être mis en marche à distance. En 1999, l’expression « Internet des Objets » est introduite et de grands laboratoires de recherche commencent à se pencher sur la question. Du coté des constructeurs, ce ne sont pas les bonnes idées qui manquent, même si les premiers projets du genre ont mis un certain temps avant de se retrouver réellement dans les rayons des magasins. LG par exemple présente un prototype de réfrigérateur connecté en 2000, qui mettra finalement plus d’une dizaine d’années à atteindre le marché. En 2004, les puces de radio-identification RFID sont utilisées par Walmart, numéro un de la distribution aux États-Unis, pour le suivi de leurs activités. Vous vous souvenez peut-être aussi du Nabaztag, ce petit lapin Wi-Fi présenté en 2005 capable de se connecter à Internet pour vous lire les dernières nouvelles concernant l’actualité et la bourse. Son co-créateur Rafi Haladjian partait du principe que si l’on peut connecter un lapin, on peut connecter n’importe quel objet.

Une maman digitale

mother
Aujourd’hui à la tête de sen.se, l’entrepreneur est sur le point de lancer Mother, sorte de « maman digitale », dont les applications sont essentiellement domotiques. Associé à ses quatre capteurs appelés « motion cookies », cet objet connecté universel vous procure des informations sur la vie de la famille : y a-t-il quelqu’un à la maison pour réceptionner votre livraison de courses? Le thermostat du chauffage est-il bien réglé en fonction de la température extérieure ? Marchez- vous suffisamment pour être en forme? Buvez-vous trop de café ? Prenez-vous vos médicaments au bon moment ? Tout cela et bien plus encore… Ainsi, dans un futur plus ou moins proche, tous les objets que nous utilisons au quotidien sont susceptibles de devenir connectés, nous donnant des informations précieuses sans que nous ayons à les demander. Votre réfrigérateur par exemple pourra vous indiquer les denrées dont la date de péremption approche. Votre voiture quant à elle contactera automatiquement les secours en cas d’accident, et cela sans que vous lui demandiez (forcément, en cas d’accident ça sera peut-être compliqué…). Et pour finir, votre t-shirt vous tiendra informé de votre niveau de stress et vous communiquera tout un tas d’autres informations intéressantes (votre pouls, votre tension…), en mesurant et analysant la conductivité de votre peau. Alors, conquis ?

 

Une journée bien branché(e)

Imaginez le scénario suivant (attention, les marques citées ci-dessous le sont uniquement à titre informatif) : 6h55, vous sentez une douce vibration au poignet. Le bracelet connecté UP24 de Jawbone vous tire doucement de votre torpeur nocturne. Dans la lignée du quantified self, ce bracelet suit vos activités journalières et votre sommeil, et de façon assez bluffante arrive à différencier votre sommeil léger de votre sommeil profond, et ce, afin de pouvoir vous réveiller au bon moment. Les yeux encore mi-clos, vous saisissez votre smartphone et d’une simple tape sur l’écran vous activez le mode réveil de votre chambre à coucher : l’ambiance nocturne laisse la place à l’aube artificielle mise en scène par votre installation lumineuse, les ampoules Hue de Philips se mettant à éclairer votre chambre de douces couleurs chaudes… Enfin debout, vous vous dirigez vers la salle de bain et vous regardez dans votre miroir Toshiba, qui, en plus de vous montrer une image de vous guère reluisante (et pourtant véridique !), affiche tout un tas de données dont vous allez avoir besoin aujourd’hui: vos rendez-vous de la journée, la météo, vos datas de santé collectées à l’instant via votre bracelet… Vous avez de la chance : soleil et beau temps sont au programme de ce 18 mai 2018, mais n’oubliez pas la réunion à 9h avec votre supérieur. Après un bref passage aux toilettes (rapide mais surtout agréable, vu que désormais la lunette chauffe automatiquement quand vous vous asseyez dessus !), vous passez sous la douche. Grâce au révolutionnaire système EcoVéa, l’eau est traitée en direct : l’eau souillée est évacuée, et l’eau encore propre est immédiatement réutilisée après avoir été purifiée grâce à un filtre et un traitement anti-bactérien. Vous économisez ainsi jusqu’à 80 % d’eau et d’énergie (jusqu’à cent mille litres d’eau par an et 3 500 kWh d’électricité pour un foyer de quatre personnes). Au bout de huit minutes de plaisir, votre pommeau de douche intelligent Uji vous indique en changeant de couleur que la durée idéale d’une douche est écoulée. Une fois séché, vous passez rapidement sur la balance connectée Smart Body Analyzer de Withings : votre poids, votre rythme cardiaque, votre masse graisseuse ainsi que la qualité de l’air ambiant s’affichent au sein d’une application léchée. Heureusement, les données sont bonnes, vous avez perdu du poids et votre IMG (indice de matière grasse) est plutôt faible, il faut croire que vos séances à la salle de sport commencent à porter leurs fruits.

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Vous vous faites un petit plaisir, et sélectionnez sur l’application TopBrewer de votre smartphone votre envie du moment : un petit latte légèrement sucré. Instantanément, la machine à café dans la cuisine se met en marche, et vous humez de douces effluves s’échappant des grains fraîchement moulus… Un simple coup d’œil vers votre réfrigérateur Smart ThinQ de LG suffit à parcourir une sélection de petits-déjeuners possibles basés sur les ingrédients dont vous disposez. Malgré son prix élevé, ce frigo se révèle utile au quotidien, notamment du fait de la présence d’un lecteur de codes-barres qui lui permet d’analyser vos reçus de supermarché, et ainsi, de faire des économies. Une fois votre petit-déjeuner avalé, vous saisissez votre brosse à dent électrique Kolibree, qui vous garantit une qualité du nettoyage optimale. Celle-ci vous indique d’ailleurs si vos enfants se sont bien brossés les dents hier soir (non, elle ne peut malheureusement pas faire office de parent et les obliger à le faire !)

Vous voilà habillé et prêt à sortir : vous chaussez vos Google Glass et fermez la porte sans prendre de clé. Pas besoin, votre smartphone la verrouillera automatiquement – et vous permettra de l’ouvrir en rentrant. Vous jetez un coup d’œil rapide à votre montre, vous rendant compte que vous n’êtes pas en avance! Mais qu’à cela ne tienne: un « ok, Google, peux-tu… » plus tard, et vous avez commandé une voiture sans chauffeur. Celle-ci vient d’ailleurs d’arriver (déjà!) pour vous emmener à bon port. Au bureau, vous ne comptez plus le nombre de collègues qui possèdent des montres et autres bracelets connectés. Votre patron diabétique est quant à lui beaucoup moins stressé depuis qu’il porte des lentilles de contact mesurant son taux de glucose en temps réel. Vous pouvez donc souffler, la réunion devrait bien se passer !

Jusqu’au point de non-retour… 

Après une longue journée de labeur, vous rentrez enfin chez vous! D’un simple geste de la main vous allumez votre «smart TV », mais pendant que vous lui demandez de vous suggérer un bon film à regarder, un visage apparaît sur l’écran et une voix déformée surgit des enceintes, répétant un message étrange et très ennuyeux pour le technophile chevronné que vous êtes :

«Prenez garde, une ère nouvelle vient de débuter, tous les misérables drogués de la technologie sont condamnés ! ». Que se passe-t-il ? Horreur ! Des pirates informatiques ont réussi à prendre le contrôle de votre maison et menacent de faire sauter votre système, ce qui signifierait pour vous un véritable retour à l’Âge de pierre (ou en 2014 si vous préférez, l’angoisse !).

Vous vous précipitez vers votre portable pour appeler la police, mais constatez avec dépit que vous ne captez plus: votre smartphone affiche d’ailleurs le même message intrusif. Les hackers ont pensé à tout, et vous vous maudissez alors d’avoir résilié votre ligne fixe il y a quelques années ! Vous foncez vers la porte de l’appartement mais il est déjà trop tard, les pirates l’ont verrouillée à distance. Essayer de fuir via les fenêtres est peine perdue: contrôlés à distance, les volets électriques sont en train de se fermer, et vous voilà donc enfermé chez vous, dans le noir de surcroît ! Votre four s’allume tout seul, alors que votre réfrigérateur affiche un message d’erreur et refuse de vous laisser ouvrir la porte. En plus, votre thermostat Nest vient de perdre les pédales, et la climatisation se met en route à plein tubes. C’est l’enfer! Vous grelottez dans votre salon, paniqué à l’idée d’un court-circuit qui pourrait tout envoyer en l’air…

Sauvé par le pull de votre grand-mère !

Après un court instant de réflexion vous vous rappelez qu’il vous reste un pull en laine (et non connecté) offert par votre grand-mère pour Noël dernier. Vous l’enfilez rapidement, et retrouvez vos esprits malgré le froid. Vous vous souvenez aussi d’un autre cadeau, que vous pensiez sans intérêt, mais qui va finalement vous être extrêmement utile : une vieille radio FM enfouie au fond d’un carton, ainsi qu’une lampe torche que vous avez failli (aban)donner chez Emmaüs! Vous l’allumez et cherchez sur la bande FM une station qui émet encore : vous remarquez avec effroi que vous n’êtes pas le seul dans cette situation. Les présentateurs sont paniqués, des dépêches arrivent de toute part indiquant que tous les objets connectés du pays sont sous l’emprise d’une redoutable équipe de hackers.

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En plus de contrôler les habitations d’une majorité de citoyens, ces derniers éteignent les lampadaires à distance et s’amusent à créer des accidents sur la voie publique en manipulant les feux de circulation et les voitures sans conducteur. Ayant aussi accès à l’ensemble des caméras de surveillance connectées de la ville, ils savent exactement quelles maisons sont occupées, par qui, et quel contenu ils peuvent trouver à l’intérieur. En résumé, la peur et le chaos règnent et vu votre dépendance à la technologie, vous n’êtes pas sorti de l’auberge. Vous vous en doutez: le seul quartier de la ville qui n’est pas touché par cette invasion est celui des pauvres, avec leurs vieux PC et leur connexion free-wifi gratuite datant de 2010… Comme quoi, ils ont bien de la chance, eux !

La voie de la raison 

En résumé, si le scénario ci-dessus est certes un peu extrême et tout de même peu probable, il pousse à réfléchir à la place que nous souhaitons donner aux objets connectés, et par extension à la technologie dans notre vie. Ces avancées techniques sont magnifiques et vont nous simplifier l’existence d’une façon sans précédent, mais parfois au prix d’une intrusion forcée qui n’a pas lieu d’être. Chaque fois qu’un objet se connecte au réseau et transfère de la data, ce sont des informations personnelles qui sont envoyées vers des serveurs distants. Les règles d’hébergement de ces données changent en fonction des pays, l’Union européenne étant par exemple plus vigilante que les États-Unis ou la Chine. Mais malgré la sécurité et le soi-disant contrôle, il y a de fortes chances que ces datas se retrouvent rapidement dans les mains d’organismes de collecte et d’analyse, commandités par ces grandes marques que nous connaissons tous. Une fois analysées, ces données permettront à ces dernières de créer des profils de «consommateur-type», pour leur proposer par la suite des offres personnalisées et tout un tas de promotions formidables qui varient selon les goûts de chaque client potentiel. Et même si la collecte et l’analyse de ces datas va nous apprendre énormément de choses sur nous-même, il faudrait tout de même pouvoir garantir la confidentialité de ces informations, sans quoi notre vie privée sera déballée au grand jour sans aucun contrôle ni censure.

 

Daphné Latour/Louis-Clément Schiltz

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