Gaspillage alimentaire : arrêtez le gâchis !
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Aujourd’hui, un tiers de la nourriture produite sur Terre finit tout simplement, non pas dans nos estomacs mais dans une poubelle, soit l’équivalent de 12 à 20 milliards d’euros gaspillés chaque année. Ce gaspillage a lieu à différents niveaux, que ce soit pendant la récolte dans le champ, ou plus tard, dans nos assiettes. Comment éviter cela ? Quelles sont les innovations qui nous permettent de mieux contrôler, voire d’en finir avec ce gaspillage alimentaire ? Silex ID vous dit tout.

10 millions de tonnes de produits perdus et gaspillés pour l’alimentation humaine (mettez sur une balance environ 52 000 baleines bleues…), 16 milliards d’euros, soit 36% du budget dédié au paiement des intérêts de la dette française, 3 % de l’ensemble des émissions de l’activité nationale, 250km3 d’eau soit l’équivalent du débit annuel du fleuve Volga en Russie… Ce ne sont pas les chiffres qui manquent pour nous impressionner lorsque l’on parle de gaspillage alimentaire. Et franchement, ce constat fait en mai 2016 par l’Ademe (l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie) est très alarmant. Et paraît d’autant plus scandaleux lorsque l’on sait que 750 millions d’humains n’ont pas accès à une quantité de nourriture suffisante pour rester en bonne santé. Ou que 82 pays n’ont pas les moyens de nourrir correctement leur population.

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Une deuxième vie

Métro, boulot, dodo. Jean Moreau travaille pour la division Fusion / Acquisitions d’une grande banque d’affaires américaine. Comme la plupart de ses camarades d’écoles de commerce d’ailleurs. Un matin, en 2014, il se réveille et décide d’arrêter d’être un énième mouton d’école de commerce qui termine dans la finance d’entreprise ! Mais pour quoi faire ? « À l’échelle de la France, ce sont entre 20 et 30 kg d’aliments qui sont gaspillés par habitant… Face à ces chiffres, ma démarche a été celle d’une quête de sens. J’avais envie d’aligner mes aspirations personnelles avec mon quotidien professionnel » nous confie-t-il. Et pour cela, il crée Phénix une start-up qui lutte contre ce nouveau mal moderne. Une excellente décision ! Cela fait maintenant deux années qu’il met toute son énergie et ses compétences au service d’une cause qu’il qualifie lui-même de plus noble et plus utile, pour avoir toujours plus d’impact au quotidien.

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Que fait Phénix ? « Nous agissons comme des alchimistes : nous transformons les déchets en or. Pour résumer, nous souhaitons faire de la poubelle l’exception plutôt que la règle » précise-t-il. En bref, la start-up donne des produits consommables ou non-alimentaires aux associations caritatives, transforme les produits impropres à la consommation humaine en nourriture animale, en compost ou méthanisation.

« Inutile de préciser combien ça nous aide » confie Mateus Manuel, qui travaille avec Phénix pour un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad). « Ces laitages seraient trop chers pour notre budget. Et les viennoiseries seront la surprise du petit-déjeuner demain ! ».

Mais notre oiseau capable de résurrection a encore du travail devant lui, et heureusement, car il ne compte pas s’arrêter là. Jean Moreau aspire ainsi à développer sa start-up selon deux axes. Un premier, en étendant les solutions et les recettes de l’entreprise à de nouveaux secteurs connexes comme l’événementiel ou la restauration collective, qui sont encore source de trop de gaspillages. Un second, d’un point de vue géographique. Phénix veut étendre son empreinte à l’ensemble des régions française puis souhaite continuer vers l’international. Et heureusement, car le gaspillage alimentaire concerne toujours plus de pays…

Un gâchis à tous les niveaux

D’ici 2050, deux tiers de la population mondiale vivra en zone urbaine. Quel rapport entre le gaspillage et la ville ? L’évolution de nos modes de vie. En effet, notre style de vie en milieu urbain entraîne de forts gaspillages, notamment au niveau de nos aliments. Plus alarmant encore, ce gaspillage se fait à toutes les étapes, et à divers endroits. Du producteur au consommateur, en passant par les phases de transformation puis de distribution, en magasin, à la cantine scolaire, dans les grandes surfaces, chez les particuliers… Au final, en fonction du stade auquel la perte se produit (lors de la production, de la transformation ou de la distribution), le gaspillage alimentaire a une valeur théorique commerciale annuelle d’entre 2 630 et 6 260 €… (jusqu’à 4 fois le SMIC !). Il est de plus en plus nécessaire de trouver des solutions, d’autant plus que ce gaspillage alimentaire impacte fortement notre environnement. Augmentation des émissions de gaz à effet de serre, réchauffement climatique, gaspillage d’eau, pollution des sols et des eaux… Et on en passe.

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Mais comment faire pour lutter contre cela et inverser la tendance ? Des conseils reviennent régulièrement. Pour commencer, il faut optimiser les flux de matières et de données en faisant appel aux nouvelles technologies, mais aussi créer des cycles optimisant le retour des produits alimentaires non consommés vers l’agriculture, l’industrie, l’alimentation humaine ou animale, ou encore faire émerger de nouvelles solidarités pour mieux prévenir pertes et gaspillages comme nous avons pu le voir avec Phénix. De son côté, l’Ademe préconise de réduire collectivement les pertes en développant un marketing responsable pour arrêter d’inciter à la surconsommation et au surachat, puis d’ « optimiser et de développer la logistique et l’organisation sur un territoire du don alimentaire pour augmenter à la fois la récupération de qualité et la sécurité sanitaire tout en maîtrisant son impact sur l’environnement ». Institut National de la Recherche Agronomique (INRA), Ademe, FAO (Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture)… Ce ne sont pas les organismes qui manquent pour essayer de prendre soin de notre planète. Mais d’autres acteurs – peut-être plus efficaces par moment – s’emparent aussi de cette problématique. Et en effet, les start-ups entrent progressivement dans le jeu pour faire bouger les choses !

Les start-ups à la rescousse !

Vous venez de recevoir vos courses chez vous grâce au service de livraison de votre magasin. En les rangeant, vous scannez les codes-barres de vos produits avec votre smartphone et renseignez la date de péremption de chacun des aliments. À tout moment, vous pouvez vérifier ce qui se trouve dans vos placards ou dans votre frigo pour décider de votre prochain repas et mieux gérer vos stocks. Un aliment va bientôt périmer ? Votre smartphone vous envoie une alerte pour vous le préciser. Plusieurs applications vous proposent aujourd’hui ce genre de service. C’est le cas de CheckFood par exemple, qui vous offre deux options, à partir du moment où vous recevez une alerte. Soit vous mangez votre aliment, vous permettant à la fois de ne pas gâcher de nourriture et de faire des économies (jusqu’à 1 500 € !), soit vous donnez.

« Le point de départ de notre idée, c’est un chiffre assez dingue : 13 % des produits jetés à la poubelle sont sous emballage » précise Arno Pons, Directeur Général de l’agence 5eme gauche qui est à l’origine du projet CheckFood. Et le pire, c’est que nous pourrions éviter ce gaspillage.

Grâce à cette application, vous pouvez décider de donner les aliments encore consommables que vous ne pourrez pas manger à des associations. « Vous aidez ceux qui sont dans le besoin et mettez à leur disposition 520 millions de repas potentiels » clament les créateurs de l’application sur leur site. Too Good to Go, une start-up gagnante du Food Waste Challenge organisé par l’enseigne Carrefour, permet aux supermarchés et aux commerces de créer des boîtes composées d’un assortiment de produits dont la date limite de consommation approche dangereusement et de les géolocaliser sur smartphone. Les consommateurs peuvent ainsi aller les chercher et économiser : ces produits sont vendus à petits prix avant la fermeture du magasin. Plutôt avantageux ! Une autre solution que la redistribution est développée par des start-ups comme FoPo, (pour « Food Powder ») : celle de réduire des aliments en poudre. FoPo récupère des fruits et des légumes proches de leur date limite de consommation, et les sèche pour les transformer en une poudre permettant ainsi de prolonger leur durée de vie de deux semaines… jusqu’à deux ans pour certains aliments ! Smoothies, crèmes glacées, muesli mais aussi packs humanitaires… Les utilisations de cette poudre sont multiples.

Quand le Big Data s’en mêle

Pour stopper le gaspillage alimentaire, vous pouvez faire appel à un frigo intelligent qui vous dit quels aliments racheter lorsque vous êtes en train de faire vos courses, et vous signale lorsqu’un produit arrive à sa date de péremption. Des emballages connectés existent également pour vous aider à maîtriser nos flux alimentaires : des puces électroniques en papier peuvent être incluses dans les emballages de nos produits pour les rendre intelligents. Cependant, ces dernières peinent à prendre leur envol car elles sont trop coûteuses… Et c’est là que l’IoT (Internet of Things) entre en scène ! Cette technologie s’avère très utile pour réduire le gaspillage alimentaire, en particulier lors de la phase de transport et de distribution.

« Nous garantissons la qualité des produits tout au long de la chaîne logistique tout en analysant l’impact des conditions d’environnement de ces produits ».

Derrière cette proposition se cache Biotraq. Cette start-up permet, grâce à un dispositif de capteurs, d’analyser en temps réel l’impact de l’environnement sur le produit, tout au long de la chaîne logistique. Cette solution permet ainsi de superviser, de détailler, puis de corriger en cas de problème. Et donc, d’éviter de jeter un produit à cause d’un doute lié à un manque d’information sur son état. En tout cas, le Big Data pourrait bien nous aider à réduire le gaspillage alimentaire, notamment chez les distributeurs. L’Ademe vient d’ailleurs tout juste de publier (le 17 novembre 2016), les résultats de son enquête « Distributeurs témoins ». Dix magasins de cinq enseignes différentes ont ainsi pu calculer le coût total de leurs pertes, déterminer les causes, puis rectifier le tir. Finalement, 22 % du gaspillage alimentaire a été évité, soit 160 tonnes de produits économisés sur un an (si l’on transpose les résultats de cette étude, qui avait duré seulement 3 mois). L’avantage de cette action ? Elle est quasiment gratuite pour les distributeurs ! Il suffit de prendre le temps d’émettre un diagnostic, et de sensibiliser ses salariés. Autre initiative : celle de Food Cloud, qui a déjà distribué 3,8 millions de repas. La start-up s’est notamment alliée à Tesco, dans 1000 de ses magasins. Grâce à un scanner, les employés marquent les produits qui peuvent être récupérés par des associations, en temps réel ! La data nous permet d’atteindre nos objectifs environnementaux et sociaux, et ce, à moindre coût… qu’attend-on pour l’utiliser ?

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Utilisez des applications pour aider à maîtriser votre consommation et ne plus perdre d’aliments, ne jetez pas un produit juste parce que sa date de péremption est dépassée de quelques jours… Au final, si on ne devait retenir qu’un seul conseil : commencez à agir de votre côté, avant qu’il ne soit « too late to apologize ».

Anaïs Bozino

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