Le futur n’est pas une option
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« La prévision est difficile surtout lorsqu’elle concerne le futur. » Derrière cette boutade amusante de l’humoriste et comédien français Pierre Dac se cache notre espoir à tous de vivre un avenir commun qui ne soit pas un mauvais remake de Terminator. Mais le monde de demain est-il forcément flippant ? Chez Silex ID, nous sommes persuadés du contraire. Mais uniquement si chacun d’entre nous s’en donne les moyens, pour que la technologie reste toujours au service de l’homme.

« Chaque homme prend les limites de son propre champ de vision pour les limites du monde » écrivait Arthur Schopenhauer il y a deux cents ans. Et il n’avait pas tort : si le philosophe allemand s’était endormi durant ces deux siècles, et s’était réveillé en 2016, il aurait sans doute eu un choc émotionnel en découvrant le monde d’aujourd’hui : de l’usage (bientôt) universel du smartphone jusqu’à l’omniprésence d’Internet en passant par les objets connectés, les modes de transport modernes, les avancées de la robotique, il était absolument impossible pour ses contemporains d’imaginer ne serait-ce qu’un centième des innovations qui ont transformé la société durant les deux siècles passés. Le monde dans lequel nous vivons est tellement différent du monde dans lequel Schopenhauer est né qu’il n’aurait pas pu le comprendre. Il va donc de soi, et vous vous en doutez, qu’il est extrêmement difficile d’appréhender, de manière intuitive et pragmatique, le monde de demain, celui qui sonne à nos portes à grands coups de voiture autonome, d’automatisation du travail et d’Intelligence Artificielle. Cependant, cela ne veut pas dire pour autant que nous ne pouvons rien faire, et il y a une différence majeure entre l’attente passive d’un monde qui change, sans se poser de questions, et la recherche active de compréhension. Nous avons le choix. Cependant, attention : une fois que vous commencez à goûter à ce savoir, vous n’allez plus pouvoir vous arrêter. Comme disait un certain Christophe Colomb, « ceux qui aperçoivent la lumière avant les autres sont condamnés à la poursuivre en dépit des autres ».

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Bienvenue à Gattaca

« La réalité, comme de toute façon c’est elle qui gagne, il vaut mieux qu’elle arrive le plus tard possible. » Didier van Cauwelaert

Le futur connu ?

Comme nous l’explique Martin Ford dans son ouvrage Rise of the Robots, la robotisation est en marche, et elle sera plus rapide et plus efficiente encore qu’on ne peut l’imaginer aujourd’hui. Nous avons tous en tête les images d’usines totalement robotisées, de caisses automatiques dans les magasins et les restaurants, de livraisons par drone : c’est une évidence, c’est ce que Jacques Attali appellerait sans aucun doute « le futur connu ». Mais ce n’est que la partie émergée de l’iceberg : Martin Ford explique que des tonnes de « good jobs » vont aussi être touchés. De l’infirmière à la secrétaire en passant par le programmateur informatique et même, ironie suprême, le journaliste-reporter (le travail que votre humble serviteur fournit en rédigeant l’article que vous êtes en train de lire) sont des boulots qui vont disparaître tôt ou tard. Les chauffeurs (à ce niveau, taxis et Uber seront logés à la même enseigne) devraient aussi se faire du mouron : l’automatisation n’attendra pas qu’ils se trouvent un nouveau travail pour s’implanter dans nos vies, et même si certains sont réticents à l’idée de se voir entourés de machines, la facilité prendra le dessus. Elle prend toujours le dessus. Rendre nos vies plus simples, plus faciles, c’est ce qui a permis à des outils tels le smartphone ou le GPS de s’immiscer dans nos existences de façon phénoménale, c’est aussi ce qui fera qu’en l’espace de quelques années, les voitures qui peupleront les villes seront en majorité autonomes. Évidemment, des dizaines de milliers d’emplois vont en pâtir. Certains d’entre nous descendront dans la rue en demandant la régulation, la limitation de la concurrence robotique. On les comprendra, même si cela ne fera que décaler le problème de quelques mois, de quelques années tout au plus. L’économiste américain Joseph Schumpeter l’annonçait en 1942 (et ça n’a pas changé) dans son livre Capitalisme, Socialisme et Démocratie : « la croissance est une destruction créatrice ».

Algorithmes prédictifs et abrutissement mondialisé

Dans ce futur sans emploi, il y a aussi la peur de se retrouver fliqué et contrôlé à chaque instant via l’analyse de nos données. Certes, le problème est d’abord dans notre camp : au moment où nous cliquons sur « j’accepte les conditions d’utilisation », nous devrions être conscients de la façon dont nos data seront utilisées. Et comme nous le rappelait Chris Anderson dans son ouvrage Free : « si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit ». Il y a cependant quelque chose d’inquiétant dans la façon dont les GAFA (Google, Amazon, Facebook et Apple) et autres champions de la Silicon Valley traitent de la confidentialité de leurs utilisateurs. Ce flou généralisé soulève plusieurs questions : tout d’abord, la puissance des GAFA, NATU (Netflix, Airbnb, Tesla et Uber) et consorts devrait-elle être régulée à l’échelle mondiale ? Ces sociétés doivent-elles être nationalisées ? Et que dire de la sécurité qui entoure ces données ? La puissance phénoménale de ces océans de data va remodeler le monde, rendre certaines organisations incroyablement puissantes, voire même dicter nos vies via les algorithmes prédictifs que les grandes compagnies d’assurance (entre autres) utilisent déjà. Vu comme telle, la mondialisation de l’information fait peur, et ce n’est pas le niveau intellectuel des débats politiques sur les réseaux sociaux qui fera pencher la balance de l’autre côté.

Internet, que le philosophe Paul Mathias appelle « lieu mondialisé de la production des discours et des images » est devenu un lieu de discussion unilatérale, café du commerce 3.0 où la haine et la débilité deviennent des leitmotivs suivis par la masse, quand cette dernière ne s’épanche pas le cerveau devant les millions d’heures de vidéos uploadées chaque jour sur YouTube ou devant les images de ces célébrités d’un jour qui connaissent un nombre croissant de followers sur Snapchat et Instagram. Le XXIe siècle sera-t-il celui de l’abrutissement mondialisé ?

Peur de l’IA

Series T-800 Robot in Terminator Genisys from Paramount Pictures and Skydance Productions.

Le futur, tel qu’on nous l’a souvent vendu dans les films de science-fiction, se résume souvent à une seule et même histoire : l’Homme crée une Intelligence Artificielle forte, mais celle-ci, vu qu’elle est plus intelligente que l’Homme, ne voit aucune raison tangible de le garder en vie à ses côtés et veut donc procéder à l’extinction de l’espèce faible. Heureusement, nous n’y sommes pas encore, même si les recherches en la matière avancent à pas de géant et que certains grands noms de la science nous mettent en garde. Dans un entretien à la BBC en 2014, l’astrophysicien Stephen Hawking l’annonçait de but en blanc « l’Intelligence Artificielle pourrait mettre fin à l’humanité ». Étrange quand on sait que le Britannique est lui-même un « homme augmenté » assisté d’un ordinateur pour s’exprimer…

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Dans la même veine, Elon Musk, fondateur de SpaceX et de Tesla Motors, estime que l’I.A. pourrait être « plus dangereuse que des bombes nucléaires. » Musk a d’ailleurs lancé un centre de recherche, OpenIA, pour que l’Intelligence Artificielle soit de même à « bénéficier à l’humanité », investissant avec ses associés près d’un milliard de dollars. Si certains scientifiques sont plus enthousiastes, dans l’ensemble, force est de dire que l’I.A. nous fait peur, parce que nous ne comprenons pas encore complètement les enjeux d’une avancée technologique aussi phénoménale. Dans son ouvrage de référence The Singularity is Near, Ray Kurzweil parle d’un changement de civilisation, mais à notre niveau, qu’est-ce que cela peut bien vouloir signifier ? Que notre conscience pourra être uploadée sur un ordinateur ? Que nous allons nous transcender avec la machine ? Laurent Alexandre parle quant à lui de la mort de la mort, dans le livre de même nom, et annonce l’arrivée d’une société eugéniste, où n’importe quel gamin aura le QI de Bill Gates, le physique d’Usain Bolt et le visage de Ryan Gosling. Ne vous détrompez pas, le futur décrit ci-dessus pourrait bel et bien exister un jour. Et pas besoin pour ça de scénario catastrophe digne d’un blockbuster débile, l’ignorance et la passivité de la masse doublées de la déconnexion des élites suffiraient presque. Mais sérieusement, voulons-nous vraiment vivre dans cet ersatz de Bienvenue à Gattaca ? Il est encore temps d’agir…

Un monde fascinant

« You’re entering an extraordinary world. » Ray Kurzweil à son fils.

Edutainment et économie positive

Si le futur nous fait peur, c’est parce qu’il est par définition totalement imprévisible. De plus, les scenarii des films de SF qui nous ont nourris durant des années nous l’ont rarement montré sous un angle positif. Heureusement pour nous, il y a de nombreuses raisons de penser que les scénaristes américains n’ont rien compris (déjà, ils n’avaient pas prévu le smartphone, ni Internet…) Certes, le tsunami technologique qui arrive va changer énormément de choses dans nos quotidiens, mais il nous permettra surtout de vivre des vies fascinantes. Nous allons avoir des robots à la maison et dans nos bureaux, des machines qui nous assisterons dans toutes les tâches ennuyeuses de la vie quotidienne. L’automatisation fait peur, mais grâce à elle, aucun de nos enfants n’aura besoin de travailler sur un chantier, ou en tant que caissier dans un supermarché. Au contraire, les millenials et leurs petits frères vivront des vies multiples, captivantes, avec autant de passions que de boulots qui leurs correspondent vraiment. Pour se former, ils seront accros aux sites de cours en ligne à la Coursera, aux MOOC (massive open online courses) ou encore aux jeux en ligne qui leur permettront d’apprendre en s’amusant. L’edutainment sera de mise. Si tout se passe bien, l’économie collaborative, voire « positive », prendra de plus en plus d’importance dans la société de demain. Mark Esposito, enseignant à Harvard, en est lui aussi persuadé : « Les entreprises ont un rôle primordial à jouer dans la recherche de solutions innovantes aux grands défis de demain ». Les « économies du peu », permettent d’obtenir de grands résultats à partir de peu de moyens. » Ce qui laisserait aussi entrevoir un monde plus sain, plus équilibré, où la consommation se laisserait dépasser par l’expérience, la propriété par l’accès, le « toujours plus » du XX’ siècle par le « juste ce qu’il faut » du XXIe.

Le monde à portée de clic

Vous ne le savez peut-être pas : la véritable rupture épistémologique de ce début de siècle tient dans votre poche. Et avec elle, la promesse de pouvoir accéder au savoir du monde entier, en l’espace de quelques clics. Luciano Floridi, professeur de philosophie et d’éthique de l’information à l’Université d’Oxford, la présente comme la « 4e révolution », expliquant que l’infosphère est en train de redessiner notre monde autour de l’accès et du partage de l’information. Hyper enthousiaste, l’américain Andrew McAfee pense lui aussi que c’est la principale révolution de notre époque : « Il est possible de donner l’accès à la connaissance à quasiment tous les individus à travers le monde… Cela n’est jamais arrivé dans l’histoire de l’humanité ! Personne ne sait comment ça va se passer, mais ça va être quelque chose d’énorme : connecter l’humanité, voilà la plus grande révolution en marche ! ». Rien n’est plus comme avant : dans ce monde des possibles, les paradigmes ont été complètement bouleversés. Le monde tel que vos parents vous l’ont présenté quand vous étiez jeunes n’existe plus, il s’est transformé, il est devenu mutant.

Visionnaire, Jean-François Lyotard l’annonçait déjà en 1979 : « Il est raisonnable de penser que la multiplication des machines informationnelles affecte et affectera la circulation des connaissances autant que l’a fait le développement des moyens de circulation des hommes d’abord (transports), des sons et des images ensuite (médias). »

La transition numérique est partout

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Dans cette « infosphère », les challenges qui nous attendent sont passionnants. Tout d’abord, il faut comprendre que la transition numérique n’est pas limitée à la technologie, ni au monde des start-ups. La transition numérique est partout, et, pour citer Marc Andreessen, « software is eating the world! « . Il va falloir faire preuve d’agilité et de courage, ce qui est déjà le cas de ces milliers d’entrepreneurs, chercheurs, start-uppers, makers, passionnés, qui essaient de trouver de nouveaux modèles, de nouvelles approches, des solutions à de nouveaux problèmes. L’erreur principale serait de croire que le monde de demain va se décider sans nous, et que nous serons tout au plus des figurants dans un futur régit par d’autres forces en présence (politiques, technologiques, sociétales). Des « second-roles » déconnectés de la réalité (que cette dernière soit physique ou digitale), passifs devant nos écrans à attendre que l’Intelligence Artificielle et les robots « fassent » à notre place. Au contraire : ce futur, qui n’est pas une option, nous demande d’être au cœur de l’action. Il nous l’impose, même. C’est à nous de décider, de faire des choix, de prendre position.

A l’aube d’un changement de civilisation

Ces prochaines années, et c’est probablement l’autre rupture fondamentale qui nous attend, le monde de la médecine va être bouleversé par l’arrivée à maturité des nano-technologies et de la biotech. Grâce à l’enzyme CRISPR/Cas9 (codéveloppée par la française Emmanuelle Charpentier), nous pouvons d’ores et déjà manipuler, changer le vivant à l’échelle de l’ADN. Certains parlent de prouesses phénoménales qui pourront repousser les limites de la mort et nous guérir de toutes les maladies. C’est évidemment fabuleux, mais en substance, cela signifie aussi que notre quête de sens devra être redéfinie. Plus que jamais, dans ce monde de la « multitude », l’individu devra trouver sa place. Les philosophes du XXIe vont avoir du pain sur la planche.

Vous l’avez compris : nous sommes à l’aube d’un changement de civilisation, et nous allons devoir en appréhender les enjeux, qu’ils soient technologiques ou sociétaux, personnels ou collectifs. Mais la bonne nouvelle, c’est que, malgré tout ce qu’on peut lire ici, là, tout est possible. Comme le scandaient les deux larrons de Suprême NTM au début des années 90 : « Le monde de demain, quoi qu’il advienne nous appartient… ». Les cartes sont dans nos mains. C’est à nous de jouer !

 

Daniel Geiselhart

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