Les nouveaux explorateurs
Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail

Lassé des formules all inclusive, le voyageur d’aujourd’hui recherche l’aventure, le frisson, le dépaysement. Qu’il aille les trouver au contact direct des habitants, au fond des océans ou dans l’espace, de nouvelles frontières se dessinent, et le tourisme se réinvente.

Réseaux sociaux, Erasmus, cinéma et importations dans tous les sens… Les frontières d’aujourd’hui se brouillent, le voyage a perdu le caractère d’aventure qu’il possédait il y a un siècle, pour devenir une simple prolongation de notre style de vie. En 2015, on compte plus d’1,2 milliard de touristes internationaux, contre 527 millions vingt ans plus tôt !

Un voyageur toujours plus connecté…

Le voyageur connecté consulte les offres de dernière minute, enregistre des alertes sur les prix de billets d’avion, prêt à cliquer et s’envoler. Avec la digitalisation des agences de voyage et compagnies aériennes, dénicher le vol le moins cher est à la portée de tous. Kayak, eDreams, Skyscanner, Voopter, des dizaines de comparateurs de vols agrègent les 80000 vols parcourant le ciel chaque jour, pour le plus grand bonheur des voyageurs. Mais le touriste est impatient : alors que l’industrie aéronautique nous permet de rejoindre les États-Unis en quelques heures, le train futuriste Hyperloop prétend dépasser les 1100 km/h, pour devenir le moyen de transport de passagers le plus rapide au monde. Le projet (public et non protégé par des brevets) est simple : des capsules se déplaçant à l’intérieur d’un tube sur un coussin d’air, dans une pression réduite au minimum pour éviter les frottements, et propulsées par de l’énergie produite par des panneaux solaires et des éoliennes.

… et impatient !

Ce train à très grande vitesse pourrait relier Los Angeles à San Francisco en moins de 30 minutes à l’horizon 2019. De quoi envisager une virée shopping à New York sur la journée ! Si voyager se démocratise, pas question de marcher dans les traces de son voisin. Pour retrouver leur âme d’explorateur, les touristes recherchent le voyage unique. Terres d’Aventures s’est spécialisé sur le créneau sportif : depuis 40 ans, l’agence propose à ses clients des voyages d’exception aux quatre coins du monde. À pied, en vélo, par la mer ou la montagne, ces touristes-explorateurs (re)découvrent les merveilles de la nature. Ascension du Kilimandjaro, traversée du Sahara, ou croisière au milieu des icebergs au Groënland… Plus l’aventure est extrême, mieux c’est. Quête de nouveauté ou retour aux sources ? En tout cas la formule plaît. Hervé Derain, cofondateur de Terres d’Aventures, avoue : « on ne savait pas en démarrant que l’on était sur une tendance de société aussi fondamentale ».

canyon_aventure_voyage_silexid

Pour les joueurs (ou les indécis), les offres de voyage-surprise se développent depuis quelques années et séduisent de plus en plus d’adeptes. De quelques heures à un séjour complet dans une destination inconnue, l’agence Cap Mystère propose des expériences sur-mesure, les surprises en sus.

La start-up rochelaise se base sur les habitudes de voyage des clients, le niveau de confort souhaité et leurs centres d’intérêts pour leur proposer une offre au plus près de leurs attentes. Le voyage se transforme en jeu de piste : la préparation des valises est émaillée d’indices, réponse à l’aéroport.

Du voyage démocratisé au voyage collaboratif

Si voyager est plus facile que jamais, l’explorateur d’aujourd’hui est autant en quête de rencontres et d’authenticité que de dépaysement et de visites. Car l’industrie du tourisme est elle aussi touchée par l’engouement pour les nouvelles formes de consommation. L’économie collaborative permet ainsi à des millions de personnes à travers le monde de voyager via des services entre particuliers, avec ou sans but lucratif. Logement, déplacement, nourriture, équipement, culture ou loisir, tous les domaines sont concernés.

Airbnb a comptabilisé plus de 17 millions de réservations sur le seul été 2015, soit 353 fois plus qu’en 2010.

Si la location de chambre chez l’habitant n’est pas une nouveauté, l’enthousiasme pour la plateforme s’explique par sa facilité et la communauté qu’elle fédère : hôtes et voyageurs se notent mutuellement, gage de confiance pour les prochaines réservations. Malgré sa croissance fulgurante, Airbnb pourrait voir sa position menacée par la généralisation de la blockchain, cette technologie open source permettant de valider les transactions en bitcoin. D’après Don Tapscott, auteur de Blockchain Revolution, elle pourrait permettre de se passer de plateformes intermédiaires pour connecter directement les personnes entre elles, partager leurs informations et références antérieures, et effectuer des transactions de manière sécurisée.

Des plateformes communautaires en plein boom

En attendant la désintermédiation par la blockchain, les plateformes communautaires se multiplient dans tous les domaines. Bubble Globe vient d’intégrer le Welcome City Lab à Paris, le premier incubateur au monde dédié au tourisme. La start-up met en relation des guides locaux, amateurs et passionnés de gastronomie, d’art ou de randonnée désireux de faire découvrir leurs centres d’intérêt contre rémunération. Pour les passionnés de nautisme ou novices de la plaisance, Boaterfly offre la possibilité de conaviguer ou louer le bateau d’un particulier.

boaterfly_silexid_voyage

Sur un tout autre sujet, Evanela ouvre les portes des plus grands créateurs à une clientèle désireuse de toucher du doigt ce qui fait la réputation de Paris (haute couture, joaillerie, design…). Pour autant, selon Laurent Queige, Délégué général du Welcome City Lab, certains manques restent encore à combler : « une des attentes les plus importantes pour les voyageurs de passage dans la ville lumière est l’accès à la vie nocturne. Les touristes nous reprochent le manque d’informations disponibles et la difficulté de découvrir le Paris by Night des parisiens ». À bon entendeur…

Vers un retour aux sources

Pour une aventure plus vraie que nature, le wwoofing propose une expérience de « vis ma vie d’agriculteur ». La formule : les voyageurs proposent leurs services à une ferme biologique et reçoivent en compensation logement et nourriture, tout échange lucratif étant proscrit Paul et Juliette ont opté pour cette forme de voyage pour parcourir l’Asie et l’Amérique Latine. Pour eux, hors de question de transformer leur armée sabbatique en course au nombre de pays parcourus.

Un choix motivé par la volonté d’aller à la rencontre des réalités socio-économiques des pays qu’ils traversent : « on prend le temps de faire des rencontres, de vivre la vie de locaux, et au final de nouer des liens avec des personnes que nous n’aurions jamais eu l’occasion de rencontrer en voyageant de manière plus classique ».

Un retour aux sources et à une vie plus simple que nous avons tendance à oublier. Mais c’est aussi une expérience d’un confort plus précaire (bidons d’eau froide en guise de douche, compagnie plus ou moins appréciée d’invités surprise à pattes…). De quoi relativiser l’inconfort du métro ou les bouchons du matin.

Et demain ?

En opposition à l’ultra-réalisme du wwoofing, le voyageur de demain cherche à dépasser les limites du réel. Une étude publiée par Skys-canner2 nous apprend que le tourisme du futur se passera vingt mille lieues sous les mers. L’avenir frappe déjà à notre porte : pour les amoureux des poissons, Jules Verne n’est plus le seul à proposer le grand frisson des abysses. De Dubaï aux Maldives, en passant par Zanzibar et Stockholm, les hôtels sous-marins commencent à se multiplier. Mais le tourisme subaquatique n’en est qu’à ses débuts, et le véritable plongeon au cœur des océans reste limité. À quand des véhicules grands publics, nous permettant de transiter de la terre ferme à l’intérieur feutré de ces palaces sous-marins ? À l’instar des gadgets inventés par l’agent Q la voiture amphibie utilisée par James Bond dans L’Espion qui m’aimait (1977) est précurseur dans le domaine. Acquise en 2015 par le génial et visionnaire Elon Musk, PDG de Tesla Motors, qui commercialise des voitures électriques, celui-ci va-t-il élargir sa gamme de production ?

hotel_sousmarin_silexid

En route pour Mars !

Sa priorité semble plutôt sa deuxième société, SpaceX, qui s’attaque aux technologies de l’espace. Avec SpaceX, Elon Musk a pour but ultime de vivre sur d’autres planètes. C’est lors de sa sixième mission d’acheminement de ravitaillement vers la Station spatiale internationale (ISS), commandée par la Nasa, que la start-up a franchi une étape décisive dans la conquête de l’espace : l’atterrissage réussi de la fusée Falcon 9 sur une barge en mer. Une partie de la fusée pourra ainsi être réutilisée lors de prochaines missions. La société a l’intention de poser une capsule sur Mars dès 2018 sans astronaute à bord, pour démontrer sa capacité à envoyer des charges lourdes. Mais le chemin reste long avant de pouvoir imaginer vivre sur la planète rouge… Elon Musk doit compter sur la concurrence : Blue Origin, créée en 2000 par Jeff Bezos, fondateur d’Amazon, ou encore Virgin Galactic, fondée par Richard Branson qui a ouvert les réservations pour ses vols à venir, avec des prix avoi-sinant les 250 000 dollars. « Il y a tout un nouveau marché du tourisme spatial qui va évoluer », analyse Trip Chowdhry, de Global Equities Research. Selon le spécialiste, les prix pourraient être similaires à ceux d’un vol en avion d’ici une dizaine d’années. Pour autant, les tests sont encore peu concluants pour les vols de particuliers : le 31 octobre dernier, un vaisseau SpaceShipTwo de Virgin Galactic s’est écrasé en phase de test.

blueorigin_voyage_mars

En attendant de pouvoir visiter l’espace en toute sérénité, les passionnés peuvent déjà expérimenter la vie en apesanteur avec le vol parabolique, proposé par la société Novespace. Comme son nom l’indique, l’avion suit une courbe parabolique. Lors de la phase de descente, celui-ci se rapproche de la vitesse en chute libre. Les passagers restent en apesanteur pendant une dizaine de secondes, avant que l’avion ne se redresse. Si la priorité est donnée à la science pour effectuer des expériences et identifier des phénomènes habituellement masqués par la gravité sur Terre, quelques vols par an sont réservés à des particuliers, pour la modique somme de 6 000 euros. Les rêves d’astronautes n’ont pas de prix…

Claire-Émilie Lecoq

Article publié dans le Silex ID Magazine #07

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail
AUTHOR

Silex ID

All stories by: Silex ID