Les sports les plus fous : Let’s go crazy !
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On se moque d’eux, on en parle peu, on en parle mal… Eux, ce sont les sports « originaux », « étranges », « fous » comme le roller derby, le quidditch ou le hockey subaquatique. Entrée dans un drôle d’univers où le plus ringard n’est pas forcément celui qu’on croit.

« Deux lignes de quatre filles tournent en roller autour d’un track (une piste ovale), ce sont les bloqueuses. Elles doivent empêcher physiquement la jammeuse de l’équipe adverse de les dépasser. La jammeuse doit faire le plus de tours possible en dépassant la ligne de bloqueuses adverses pour rapporter des points à son équipe et la faire gagner. Les coups d’épaule, de hanche sont autorisés et il est obligatoire de porter un casque, un protège-dents, des coudières et des protège-poignets ». Ludivine est la présidente des Sc’Alpes Hell, l’équipe de roller derby de Bourg d’Oisans, une commune au pied de l’Alpe d’Huez. L’équipe de quoi ? « De roller derby, un sport de filles tatouées, en bas résille, issue de la mouvance punk aux Etats-Unis », explique-t-elle. Fondé dans les années 30, le roller derby mélange en effet contacts musclés, vitesse et kitch dans une ambiance de gymnase qui sent bon la sueur d’une fosse de concert de punk rock. « Le folklore est aussi important que le sport. Quand on rentre sur la piste, on chante notre hymne, on part au combat avec nos propres tenues, nos maquillages. Il y un côté guerrier très drôle, ça change des autres sports plus sérieux, on peut s’amuser ». Comment Ludivine est elle entrée en contact avec le roller derby ? « Par hasard, en regardant une compétition sur une chaine de télévision sportive américaine…. » Aux Etats-Unis, la pratique déplace les foules lors des différents tournois organisés, en France elle reste très confidentielle. « Pour organiser un match, on lance un appel sur facebook à d’autres équipes…. », précise-t-elle.

« Ces règles sont-elles plus ridicules que celles du handball ou du rugby ? »

Il y a les sports que l’on voit au quotidien, qui accaparent toute l’attention : le football, le rugby, le basket, le handball, le tennis. Il y a les sports olympiques que l’on voit tous les quatre ans ou brièvement sur Stade 2 le dimanche après-midi : l’athlétisme, le judo… Il y a ceux qui ne sont plus olympiques et qui se demandent bien ce qu’ils vont devenir comme la lutte. Et il y a les autres. Ceux qui n’ont ni la légitimité pour être respectés, ni le nombre pour être écoutés, ni l’audience pour être attractifs, ni l’histoire pour se défendre puisque tout reste à faire. « C’est génial d’avoir à construire un sport », se défend Hugo, vice-président de la fédération française de quidditch à tout juste 16 ans, qui protège ses intérêts avec un discours rodé : « Le quidditch mélange le handball, le rugby et la balle aux prisonniers… Le gros problème, c’est le balais qu’on garde entre les jambes pendant le jeu. C’est le balais qui fait marrer tout le monde. Mais les règles sont-elles vraiment plus ridicules que celles du handball ou du rugby ? Je ne suis pas certain ». Bien envoyé. Mais comment en est-on arrivé là ? « Deux étudiants américains dans leur chambre de fac se sont dit un jour : ‘on en a marre du baseball, du basketball, du football américain, des sports que tout le monde pratique, il faut qu’on invente un sport’. Ils ont pris une lampe, une petite cape, une balle, un cerceau et ils se sont amusés avec le sport d’Harry Potter », raconte-t-il avant de reconnaitre que le quidditch concerne surtout des « fans d’Harry Potter, des gens pas très sportifs, des geeks, des jeunes qui ont grandi dans la pop culture », et de se souvenir de sa première fois: « Mes potes ont rigolé quand je leur ai dit que j’allais jouer au quidditch, ils m’ont demandé si on allait voler sur nos balais… Avec ce qu’on prend de la part des journalistes, des gens, on ne peut être que dans l’auto-dérision ». Il tient cependant à rappeler : »Plus le temps passe, plus on quitte les références à Harry Potter pour devenir un vrai sport avec des vrais sportifs« .

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« Un journaliste a titré son article ‘les sports à la con’, on l’a eu mauvaise »

Si certains sports comme le roller derby, le lingerie football, -une sorte de football américain pour filles en petite lingerie-, le porté d’épouse ou le football dans la boue acceptent de rester dans l’amusement gras ou le burlesque, d’autres ambitionnent de devenir autre chose et vivent mal les moqueries.

« Notre dossier pour obtenir la classification de sport de haut niveau auprès du ministère des sports est de plus en plus solide. Par le passé, on nous a reproché un nombre trop faible de nations représentées lors des grandes compétitions. Lors des derniers championnats du monde, on était seize pays. On a augmenté le nombre de clubs féminins, la pratique des jeunes… », explique Dominique Ruaux, vice-président de la commission hockey subaquatique à la fédération des sports sous-marins avant d’annoncer la couleur : « La dernière fois qu’un journaliste de L’Equipe a parlé de notre sport, il a titré son article ‘les sports à la con’, on l’a eu mauvaise ».

Soit, mais que peut-on vraiment attendre d’un match de hockey subaquatique ? : »On peut assister aux rencontres avec une assistance d’écrans », expose-t-il avant de concéder: « On souffre peut-être d’un manque de communication alors on essaie de retransmettre les compétitions nationales sur notre site… « . Le résultat donne une drôle d’impression. Une sorte de mélée sous-marine dans laquelle les hockeyeurs multiplient des aller-retours vers le haut du bassin pour chercher de l’air et des courses au fond de la piscine avec tout ce qui fait le hockey : les crosses, le palet, les coups, les passes, les buts, les émotions collectives… « C’est un sport qui renouvelle la pratique de la piscine, qui attire les nageurs et les plongeurs », assure celui qui se décrit comme un joueur de la première génération des années 80. Un sport qui a un cousin germain : l’underwater rugby qu' »on pratique surtout en Allemagne ». Et un cousin éloigné un peu fou, le hockey sous glace qui se joue sous des lacs gelés. Mais là, Dominique Ruaux avoue ne pas connaître : « Vous m’en apprenez une belle ! Mais ça doit être dangereux ça, non ? » La preuve que tout peut être réinventé à l’infini et que chaque sport est le copain ringard d’un autre. Après tout, qu’y a-t-il de plus libérateur que de dévaler une pente avec ses amis en tombant tous les dix mètres pour courir derrière un fromage qui avance à cent kilomètres à l’heure devant un public mort de rire.

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Antoine Mestres

Article publié dans le Silex ID Magazine #01

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