Objectif Lune ! – Le tourisme spatial
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Il en parle depuis des années. Chaque fois qu’on l’interroge sur ses activités de vendeur de disques ou de transporteur aérien, il ne peut s’empêcher de glisser un mot sur le tourisme spatial qu’il souhaite démocratiser. Richard Branson, le charismatique fondateur du groupe Virgin, entretient ce rêve depuis 2004, date à laquelle il a créé Virgin Galactic. Son objectif : vendre des billets pour l’espace aux particuliers comme on vend des tickets de RER. Mais son projet accumulant les retards comme un métro un jour de grève, beaucoup ont commencé à douter de son sérieux. Aujourd’hui pourtant, le tourisme spatial semble enfin prêt à décoller.

Article publié dans Silex ID #02 (Automne 2014)

À chacun sa formule

Certains ont déjà goûté l’ivresse interstellaire, et celle-ci leur a coûté des millions. Guy Laliberté, le fondateur du Cirque du Soleil, a déboursé entre vingt-cinq et trente-cinq millions de dollars pour s’offrir en 2009 une virée dans l’espace. Entouré de deux astronautes chevronnés, il a embarqué à bord de la fusée Soyouz, pour rejoindre trois jours plus tard la Station Spatiale Internationale (ISS) qui tourne en orbite à une altitude comprise entre 330 et 420 kilomètres. Pour ce prix-là, il est revenu la tête pleine de belles images. On peut d’ailleurs découvrir son voyage dans le documentaire Toucher le ciel.

Comme lui, une poignée d’autres voyageurs fortunés a pu savourer les joies du vol spatial orbital, parmi lesquels l’américain Dennis Tito en 2001 ou l’anglais Richard Garriott en 2008, qui ont tous deux eu la chance de dormir quelques nuits à bord d’ISS, à la belle étoile. Pour les touristes de l’espace moins aisés, il y a les vols suborbitaux, qui permettent de passer quelques minutes au-delà de la ligne de Karman. Cette ligne symbolique, située à cent kilomètres au-dessus du sol, marque la limite entre l’atmosphère terrestre et l’espace. Il suffit de la passer pour pouvoir déclarer fièrement à ses amis: « j’ai été dans l’espace ». La classe. Et c’est ce que promet Richard Branson. Ce type de séjour est meilleur marché et surtout bien moins contraignant, puisque deux ou trois jours d’entraînement préalable suffisent aux apprentis astronautes. Virgin Galactic propose ainsi un vol de trois heures à bord d’un avion planeur qui monte à l’horizontale, à cent kilomètres d’altitude, avec en bonus cinq minutes pour expérimenter la sensation d’apesanteur. Le tarif : deux cent mille dollars. Une broutille selon Branson, qui rappelle qu’en 1929 un vol transatlantique coûtait la même somme. À ce jour, plus de six cents impatients ont déjà réservé leur billet, parmi lesquels les comédiens Ashton Kutcher, Leonardo Dicaprio et le chanteur Justin Bieber. L’ambiance à bord devrait être festive !

SpaceShipTwo, l'engin sub-orbital de Virgin Galactics
SpaceShipTwo, l’engin suborbital de Virgin Galactics

Les start-up de l’espace

À en croire le nombre de concurrents prêts à se lancer (Armadillo Aerospace, Excalibur Almaz, PlanetSpace, etc.), le marché du vol suborbital semble plein de potentiel. Parmi les plus sérieux : Astrium, le constructeur de satellites qui conçoit des prototypes pour la NASA, met au point un vaisseau à peine plus gros qu’un jet privé et qui pourrait décoller de n’importe quel aéroport dans le monde. Le coût du projet atteint tout de même la coquette somme de un à deux milliards de dollars et Astrium ne prévoit pas de décollage avant 2020. Patience, donc, avant de croiser des touristes dans l’attente de leur vol pour Saturne à Roissy Charles-de-Gaulle.

De son côté, Elon Musk, le PDG de SpaceX, a récemment réduit le tarif de l’aller-retour pour Mars proposé par sa société, à « seulement » cinq cent mille dollars. Départ prévu en 2030, ce qui laisse le temps à ceux qui rêvent de la planète rouge d’économiser un peu…

Chambre avec vue intergalactique

Une fois parvenu à plusieurs centaines de kilomètres au-dessus de la Terre, il faudra bien se loger. Plusieurs entreprises envisagent donc de créer des hôtels en orbite pour accueillir les touristes blasés par les clubs de vacances et en quête de sensations fortes. Là-haut, ils pourront assister à quinze levers et couchers de soleil par jour et s’amuseront à flotter dans les airs, entre deux délicieux repas lyophilisés.

L’entreprise russe Orbital Technologies est l’une des premières à avoir annoncé son ambition. Il y a encore trois ans, elle estimait pouvoir ouvrir en 2016 une station spatiale équipée pour accueillir sept invités dans des chambres de 20 m2, agrémentées de larges fenêtres afin d’apprécier la vue intergalactique. Le forfait devait comprendre un transfert à bord de la fusée Soyouz et cinq jours à bord de la station. Si le projet avait fait grand bruit en 2011, la société s’est depuis refusée à confirmer l’avancée ou l’annulation de ses recherches. Le tarif proposé de huit cent mille dollars était probablement trop faible pour envisager une activité rentable… Car du côté des concurrents, le tarif est en effet plus élevé. Parmi les candidats les plus avancés, on compte Richard Bigelow, le patron des hôtels Budget Inn. Le magnat américain souhaite installer à 370 kilomètres d’altitude un habitat spatial gonflable, Alpha Station, que l’on espère plus accueillant et confortable que ses hôtels terrestres. Au prix de la nuitée, ce serait la moindre des choses : comptez en effet vingt-six millions de dollars pour une virée spatiale !

L’hôtel de l’espace tel que le conçoit la firme russe Orbital Technologies
L’hôtel de l’espace tel que le conçoit la firme russe Orbital Technologies

La société espagnole Galactic Suite est elle aussi dans les starting-blocks pour envoyer des touristes faire de beaux rêves dans les étoiles. Après un entraînement spécial offert sur une île privée pendant une durée moyenne de trois mois, les apprentis astronautes qui auront déboursé cinq millions de dollars s’envoleront pour passer six jours dans l’espace, à 450 kilomètres d’altitude, dans des modules en mousse solide et en fibres synthétiques.

Richard Branson, encore lui, en est persuadé: il construira et dormira dans un hôtel spatial avant la fin de sa vie. On lui souhaite de ne pas à avoir à attendre trop longtemps…

Olivier Van Bockstael/Soon Soon Soon

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