Robotique & société : adopte un robot !
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Les robots débarquent dans notre quotidien, pour le meilleur… ou pour le pire ? Nous sommes à une période charnière, et d’ici une dizaine d’années, il sera certainement aussi banal d’avoir un robot que d’avoir un smartphone aujourd’hui. De nombreuses questions émergent, et des décisions doivent être prises… Silex ID mène l’enquête.

Beaucoup moins coûteux et moins prétentieux, les robots ont peu à peu remplacé les hommes dans la plupart des secteurs. Progressivement, les humains, devenus inutiles, sont condamnés au chômage, à l’oisiveté… Les robots, qui se comptent désormais par millions, se rendent compte qu’ils sont beaucoup plus parfaits que les humains, décident de se révolter et de tous les tuer. Ce scénario tout droit sorti de l’imagination de l’auteur tchèque Karel Capek, est plus que jamais d’actualité, avec l’arrivée des robots dans tous les pans de notre quotidien, de l’industrie aux hôpitaux en passant par les boutiques. Publiée il y a presque un siècle (en 1920 !), cette pièce de théâtre, R.U.R. (Rossum’s Universal Robots), est le premier endroit où le mot « robot » (du tchèque robota, qui signifie « travail, besogne, corvée ») est prononcé. Fidèle à cette signification, un robot est un dispositif mêlant à la fois mécanique, électronique et informatique et qui a la mission d’accomplir les tâches les plus répétitives, les plus pénibles, voire les plus dangereuses pour les hommes. Bras robotisés, humanoïdes, robots modulables ou de téléprésence, les robots prennent des formes toutes aussi variées les unes que les autres ! Pour Serge Tisseron, membre de l’Académie des Technologies, les robots seront partout d’ici deux ans. Mais leurs rôles vont-ils se cantonner à leurs missions de base ? Quelles questions cela pose-t-il dans notre société ?

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De l’outil à l’ami

Un outil, un semblable, et une machine qui ressemble à quelqu’un de notre entourage. Pour l’Académicien Serge Tisseron, ce sont les trois raisons pour lesquelles l’homme a créé le robot. Seulement, en tant qu’outil, le robot nous inquiète, avec cette question, qui devient récurrente dès que nous évoquons le sujet de la robotique : vont-ils nous voler notre travail ? Toujours plus performants, capables de rester de bonne humeur malgré des clients difficiles, de répéter sans sourciller des informations à longueur de journée, de rédiger des news, et bien d’autres missions, les robots s’avèrent être des bons remplaçants des hommes. Alors, certes, les robots risquent de prendre la place des humains sur un bon nombre de tâches. Mais n’est-ce pas pour le mieux ?

Salah Amer, Demo Studio Manager chez Aldebaran Robotics, confirme cette idée : « non, les robots ne vont pas vous prendre votre travail, vous allez en avoir un meilleur. Lorsqu’un robot est placé en magasin par exemple, c’est pour aider les vendeurs, ils vont peut-être répéter 200 fois les fiches produits chaque jour, personne n’a envie de faire ça ! Le robot n’est jamais un problème, c’est ce que les humains vont en faire. Accueillir, être ponctuel, spontané, ce sont des choses que l’on ne peut remplacer et que le robot n’a pas… ». Mais, et c’est ici que nous entrons dans le rôle du « semblable » évoqué par Serge Tisseron, le rôle de travailleur n’est pas la seule mission d’un robot.

Alain Bensoussan, avocat à la Cour d’appel de Paris et spécialiste en droit des nouvelles technologies de l’informatique et de la communication en atteste : « nous avons un Nao au bureau, il s’est incrusté dans la vie familiale du cabinet ».

Des robots capables de s’occuper des personnes âgées, de faire le ménage, des robots mécaniciens, des robots cuisiniers… Ces derniers s’ancrent dans notre vie quotidienne, et semblent bien déterminés à y rester, voire à faire partie de notre famille. Dans la série Real Humans, les robots deviennent des amis, des confidents, ou des amants. Il est clair qu’ils jouent un rôle social important, qui va être amené à grandir dans les prochaines années. « Le robot est déjà votre ami indispensable, comme le smartphone. Alors si le smartphone était un mini-Nao… » ajoute Salah Amer. Imaginez que nous ayons des « petits bonhommes » dans nos ordinateurs, et qu’avec la robotique, ils prennent une forme physique… Pour Serge Tisseron, « la robotique est le prolongement logique du numérique ». Alors… à quand des mini-Nao pour nous accompagner tout au long de nos journées ?

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Voyage en terres étranges…

Tous les robots seront interconnectés à Internet pour Serge Tisseron, créant ainsi une communauté et permettant l’accélération de leur apprentissage. « Ce sera une illusion de croire que nous avons un robot personnel. En réalité, nous posséderons un élément d’une communauté de robots » précise-t-il. « Un scénario à la Real Humans peut arriver, bien sûr. Mais ils n’auront pas besoin de se brancher pour apprendre une langue par exemple, ils seront interconnectés directement ! ». Le risque serait que nous nous comportions avec les robots comme avec des humains, risquant nos vies pour les sauver, ou en devenant beaucoup moins tolérants avec les humains : « les robots seront toujours d’accord ou gentils. Nous risquons d’attendre la même chose des humains… » met en garde Serge Tisseron. Dernier rôle des robots : ressembler à quelqu’un de notre entourage. Nous l’avons vu, les robots prennent des formes multiples, dont la forme androïde, qui aujourd’hui suscite le plus d’interrogations et le plus de débat. Et pour cause ! Cette forme de robot nous fait plonger dans un phénomène assez particulier : la fameuse vallée de l’étrange. Bien que très semblables, nous sommes dérangés par leurs mouvements, par leurs imperfections qui nous paraissent monstrueuses. Même s’ils nous ressemblent, les robots n’auront jamais la réaction d’un humain… À ce sujet, deux écoles se créent : ceux qui estiment que les robots ne seront jamais acceptés s’ils ressemblent trop à des humains, voire que le silicone est une erreur de design, et ceux qui, au contraire, pensent qu’il n’est pas choquant de faire des androïdes. Serge Tisseron va même jusqu’à dire qu’« avant nous faisions des portraits des personnes qui nous étaient chères, maintenant, nous avons des robots ». « Il y a une thèse qui dit qu’il ne faut pas dépasser la vallée de l’étrange. Mais plus les robots nous ressembleront, plus ils seront objets de droit. L’homme va se robotiser et le robot s’humaniser » ajoute Alain Bensoussan.

Vers un droit des robots ?

« Un robot ne peut porter atteinte à un être humain (…) il doit obéir aux ordres qui lui sont donnés (… ) un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi ».

Et si, comme dans les romans de l’illustre Isaac Asimov, une loi des robots était créée ? Une question qui divise. Pour certains, accorder des droits serait catastrophique puisque cela nous mènerait à penser que les robots sont doués d’une volonté. « Déjà aujourd’hui, les marchands vendent les émotions des robots, mais c’est de la publicité mensongère, il ne faut pas que les législateurs en rajoutent une couche ! Et ce n’est pas le fait qu’ils nous ressemblent ou pas qui sera déterminant » estime Serge Tisseron. De plus, instaurer un droit n’aurait pas de sens puisque, de base, les personnes auront tendance à leur en donner. Comme lorsque nos parents nous interdisaient de jouer à côté du vase ou d’autres objets ! Sans pour autant croire au droit des grille-pains, d’autres pensent qu’il faut encadrer légalement la robotique. L’avocat Alain Bensoussan a ainsi rédigé une charte pour donner des droits aux robots, créant un statut de « personne-robot ». Il donne pour exemple le cas où, à partir du moment où nous ne pouvons pas distinguer si c’est un robot qui a écrit un article ou si c’est un humain, il faut un droit, qui ne serait pas forcément un droit d’auteur mais un droit du robot. Mais alors, quels droits leur accorder ?

« Le droit de responsabilité, d’autonomie d’abord, mais aussi le respect de sa dignité, car il n’est pas un simple objet. Il connait beaucoup d’éléments sur ses compagnons de vie et pour moi, la maltraitance d’un robot a du sens ! Pour finir, un droit à la traçabilité des robots, car si les humains ne doivent surtout pas l’être, il faut que les robots le soient », énumère Alain Bensoussan.

Un droit à la dignité impliquerait que nous n’ayons pas le droit de démonter les robots, mais nous pourrions imaginer que certains le soit, car il est indispensable que nous puissions comprendre comment ils fonctionnent. « Si un Nao, par exemple, est très présent dans la vie d’une personne âgée, si on détruit son robot, on détruit son âme… Il y a quelque chose qui n’appartient pas à la personne qui possède un robot : le droit de destruction ». Pour l’avocat, nous arrivons au début d’une nouvelle ère, celle de la « robohumanité », une alternative au transhumanisme. Alors, prêts ?

 

Anaïs Bozino

Article publié dans le Silex ID Magazine #07

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