Sabine Seymour – Pourquoi l’A.I. est l’avenir de la mode
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Sabine Seymour est à coup sûr la personne la plus stylée de SXSW 2017. Sur un podium, dans la rue ou dans une salle de conférence, impossible de la rater avec sa combinaison blanche et verte. C’est d’ailleurs dans le public d’une conférence le 1er jour que nous avons pris date pour cette interview, à la suite des deux panels auxquels elle participait dans la section « Fashion ». Elle nous livre son point de vue de startuppeuse sur une industrie du textile en pleine mutation.

Docteur en sciences économiques et sociales de l’Université de Vienne et d’un master en télécoms interactives de l’Université de New York, Sabine est une serial entrepreneuse qui focalise ses recherches sur la prochaine génération des vêtements, mêlant leur esthétique et leur fonctionnalité. En 2017, elle lance SUPA, qui propose des capteurs pour connecter les vêtements. Les produits SUPA, adaptables pour toutes les marques, sont l’addition de 4 facteurs : biométrie, sports, mode et mathématiques. Auteure de deux livres – Fashionable Technology, The Intersection of Design, Fashion, Science, and Technology et Functional Aesthetics – et co-auteure du plus récent Computational Fashion, c’est une véritable spécialiste du textile connecté que nous avons pu questionner sur l’avenir de la mode…

 

Silex ID : À quoi vont ressembler nos vêtements à SXSW 2027, dans 10 ans ?

Sabine Seymour : Chaque pièce sera traitée comme un logiciel. L’enjeu principal sera la personnalisation, avec des matériaux scientifiques qui vont profiter de l’essor des nanotechnologies. Il y aura bien sûr de l’intelligence artificielle pour gérer les données de chaque vêtement, qui sera identifié par un numéro de série, avec son capteur, son circuit imprimé, etc.

Silex ID : D’une manière générale, vous pensez que tous les vêtements seront connectés dans le futur ? C’est l’essor des « wearables » ?

Sabine Seymour : Ne dites pas « wearables » mais vêtements intégrés. On ne va pas forcer les gens à en porter, mais ils sont le prolongement de la tendance de fond qu’est la personnalisation des objets et des vêtements. Dans la mode en général, il existe les conglomérats qui font des milliards de chiffre d’affaires, mais ce qui émerge aujourd’hui ce sont des designers indépendants. Grâce au digital les consommateurs ont accès à de nouvelles pièces, plus originales… il y a de nouvelles manières d’apprendre ce qui nous convient. Et de personnaliser les tissus, les coupes, etc. Demain, nous pensons que les vêtements peuvent devenir un compagnon de la vie encore plus parfait, vous aidant dans la vie de tous les jours mais aussi pendant vos performances sportives. Ce qui est nouveau, c’est l’intelligence artificielle qui trie les données grâce à un vêtement qui vous connecte à votre environnement. Le vêtement devient l’intermédiaire de plus en plus poussé entre le corps et son environnement.

Silex ID : C’est pour cela que vous ciblez les sports extrêmes, avec des populations d’early adopters ?

Sabine Seymour : En effet, du surf au snowboard, au trail en passant par tous les sports extrêmes aquatiques qui nécessitent une parfaite condition physique. Sur cette niche très précise, nos capteurs offrent aux sportifs des données pour améliorer leur entraînement et mieux comprendre leurs performances. Nous avons appelé cela les « SUPA pouvoirs ». Elles relient le sportif, sa performance et son environnement – on peut croiser les données du corps avec la météo, etc. Chaque personne aura son avatar, comme un super héros, pour suivre ses performances dans l’application mobile.

Silex ID : Vous allez faire de tous les sportifs des super héros… belle ambition !

Sabine Seymour : À vrai dire nous ne nous intéressons pas qu’aux sportifs en pleine forme. Nous ne croyons pas aux critères officiels de santé. Les asthmatiques par exemple connaissent mieux que d’autres personnes leur rythme cardiaque, c’est un SUPA pouvoir. Les gens qui ont une prothèse du genou sont d’autant plus à l’écoute de leur corps, ils sont déjà bioniques ! Le marché de la rééducation est énorme, on peut aider les gens à être plus autonomes et en contrôle de leur rétablissement.

Silex ID : La santé et le vêtement connecté sont très liés, au-delà des performances…

Sabine Seymour : C’est un enjeu de société. Nous avons développé un kit de suivi pour les femmes enceintes afin de limiter les décès en couche. En Ethiopie, cela représente encore 420 décès pour 100 000 naissances. Nous sommes très fiers d’aider ces femmes et d’avoir été reconnu par l’UNICEF, qui a inscrit notre SUPA kit à son catalogue « Wearables for good ». Pour nous c’est important de rendre la technologie simple et transparente afin que les gens dans ces contrées puissent se l’approprier.

D’où le design très simple et intuitif de votre application…

Sabine Seymour : C’est le fruit du travail d’artistes et d’ingénieurs. Des couleurs primaires avec du bleu turquoise, des super héros type années 1980 qui ont été réinterprétés par des designers millenials qui ne les ont justement pas connus à l’époque ! Nos stickers sont dans l’air du temps, et toutes les données sont personnalisables.Nous développons notre propre marque, avec un soutien-gorge connecté pour le sport notamment. Mais nous proposons aussi des capteurs à toutes les marques. Nous les accompagnons vers ces nouveaux business modèles. Avant même de penser aux analyses de données et aux indicateurs qu’elles peuvent fournir, la réflexion doit commencer au niveau de la mission de la marque. DKNY va s’intéresser à la femme urbaine, qui aura plus besoin d’être connectée par exemple aux informations des transports de New York qu’à sa pression artérielle. Avec mon associé Sean Montgomery, nous réfléchissons à quelles données sont intéressantes pour les marques, nous créons les matrices et contextualisons. Se pose ensuite la question : de quelles autres données avons-nous besoin ? On adapte ensuite nos capteurs. Au-delà du secteur de la mode et du vêtement, ce sont les industries du sport et de l’agroalimentaire qui sont concernées.

Silex ID : C’est l’un des enjeux pour déployer votre marque dans le secteur du textile ?

Sabine Seymour : Nous développons notre propre marque, avec un soutien-gorge connecté pour le sport notamment. Mais nous proposons aussi des capteurs à toutes les marques. Nous les accompagnons vers ces nouveaux business modèles. Avant même de penser aux analyses de données et aux indicateurs qu’elles peuvent fournir, la réflexion doit commencer au niveau de la mission de la marque. DKNY va s’intéresser à la femme urbaine, qui aura plus besoin d’être connectée par exemple aux informations des transports de New York qu’à sa pression artérielle. Avec mon associé Sean Montgomery, nous réfléchissons à quelles données sont intéressantes pour les marques, nous créons les matrices et contextualisons. Se pose ensuite la question : de quelles autres données avons-nous besoin ? On adapte ensuite nos capteurs. Au-delà du secteur de la mode et du vêtement, ce sont les industries du sport et de l’agroalimentaire qui sont concernées.

Silex ID : L’intelligence artificielle fait peur, notamment pour l’espionnage des données des consommateurs. Quelle est votre réponse ?

Sabine Seymour : Nous avons de plus en plus d’objets connectés qui nous donnent des informations sur notre corps. L’intelligence artificielle en est encore au stade de la lune de miel. Mais nous devons veiller à ne pas tomber dans l’espionnage des consommateurs au travers de leurs datas. Chez SUPA nous sommes transparents sur les données que nous récoltons et sur leur restitution. Nous travaillons sur notre propre collection de vêtements pour les sports extrêmes ainsi qu’avec des marques grand public pour leur fournir des capteurs. Nous sommes très vigilants sur le comportement de nos partenaires. L’idée n’est pas de recueillir des données à l’insu des gens pour les monétiser ensuite. Les données appartiennent à ceux qui les donnent.

Silex ID : Que retenez-vous de SXSW 2017 ?

Sabine Seymour : C’est ma sixième édition, je suis toujours invitée comme panéliste. Cela fait deux ans qu’il y a cette section « Fashion », ce qui est encourageant. Le sport émerge lui aussi. J’ai beaucoup entendu parler de VR cette année, de politique et même de cannabis. On vient à SXSW pour sentir ce qui se passe, obtenir la sensibilité nécessaire pour anticiper ce qui va se passer. Car le timing est très important. J’ai commencé ma carrière dans les sièges connectés de voitures, et aujourd’hui dans le textile on parle à toutes les marques. Nous avons une approche horizontale du marché, pas verticale. Nous sommes agnostiques, d’Adidas à Victoria secret, en passant par Supreme. Je me suis même retrouvée récemment dans un événement VIP de Nike à New York avec Serena Williams, Spike Jonze et même Spike Lee !

Propos recueillis par François Doux à Austin, Texas, mars 2017. 

Photos : DR

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Dan

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