Shopping et cinéma de SF : cash or credit ?
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Le cinéma d’anticipation et de science-fiction a largement exploré la notion tD de société de consommation. Le consommateur du futur est soumis à une pression insupportable pour trouver des marchandises, réelles ou virtuelles. Et tout s’achète : gènes, temps… Symbole de l’opulence et du consumérisme américain, les mails, gigantesques centres commerciaux, sont même parfois le théâtre de drames macabres.

Dans Chopping Mall (jeu de mot entre to shop, acheter, et to chop, découper) de Jim Wynorski, sorti en 1986, des adolescents s’introduisent par effraction dans un centre commercial après la fermeture pour flirter à l’abri des regards. Mais un curieux phénomène cybernétique transforme des vigiles cyborgs en robots psychopathes. Le sang gicle sur les crèmes glacées et souille les vêtements à la mode de chez Tommy Hilfiger. Il faut dire que le film est produit par Julie Corman, la femme de Roger, l’inventeur de la série Z horrifique et cheap. Dans Zombie (1978), les morts-vivants de Georges Romero font leurs courses dans un supermarché et poussent des caddies sur fond de musique d’ascenseur. Ce mail deviendra l’ultime refuge d’un quatuor de survivants qui devra repousser les attaques des zombies et d’une horde de Hell’s Angels déchainés. Ces deux films constituent une énorme critique de la société consumériste qui transforme les hommes, intellectuellement et émotionnellement, en morts-vivants.

La ville devient supermarché

Les fictions paranoïaques et dystopiques nous proposent des sociétés où tout est à vendre. Les publicités n’interrompent plus les films, ce sont les films qui interrompent les publicités. La vie humaine devient une publicité permanente, comme dans Brazil de Terry Gilliam, des Monty Python. Les écrans publicitaires géants incitent le citoyen-consommateur à se ruer sur un nouveau produit, tandis que des visages géants et virtuels répètent inlassablement des slogans à plein volume. Le consommateur qui vit à EveryTown (dans le film La Vie Future de William Cameron Menzies, sorti en 1936) n’a même plus à s’inquiéter de l’érosion de son pouvoir d’achat puisque les dirigeants de la ville promettent une prospérité matérielle illimitée à condition qu’il renonce à.… penser. La ville devient un gigantesque mall.

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Dans Minority Report, John Anderton (incarné par Tom Cruise) dirige l’agence Pre-Crime, qui peut anticiper des crimes grâce à un trio d’experts en précognition criminelle. Mais il est aussi le fantasme absolu de tout publicitaire : sa rétine déclenche des publicités personnalisées (une pub unique et subliminale pour Gap). Avec le même genre de mécanismes mentaux, Will Smith fait apparaître des hologrammes pour une voiture concept Audi dans I, Robot. Dans Le Cinquième élément de Luc Besson, on peut acheter un Golden Menu imaginaire au Mac Flight, à condition de disposer d’une voiture volante. Et la shoppeuse fashionista endurcie pourra se procurer un masque Chanel à auto-maquillage, pratique dans des sociétés chronophages comme celles du film de Besson.

Un consommateur lobotomisé

Les auteurs d’anticipations dystopiques annoncent un monde de sociétés autoritaires dans lesquelles le citoyen ne sera réduit qu’au rôle de consommateur passif. Ainsi selon THX138 de Georges Lucas, il ne sera plus possible de s’offrir les services d’une vraie prostituée. Il faudra passer par une cabine virtuelle pour avoir une relation sexuelle avec un hologramme.

De même, les consommateurs pêcheurs iront révéler leurs vils secrets dans des cabines virtuelles de confession avec un cyber prêtre comme interlocuteur. Les citoyens de cet État sont même obligés d’acheter des cubes colorés qui ne servent absolument à rien, si ce n’est à maintenir l’illusion mécanique de l’acte consumériste.

Dans le film Farenheit 451 (température à laquelle les livres s’embrasent) de François Truffaut, d’après le chef-d’œuvre de Ray Bradbury, des hommes sont payés par un gouvernement autocratique pour brûler toute trace de littérature imprimée. C’est un monde « no logo », vierge de signalétique. Les vêtements, les voitures et les produits alimentaires ne peuvent être identifiés par une marque définie. Même les médicaments sont des génériques avant l’heure, puisqu’ils ne possèdent pas de nom. Dans le film 1984 de Michael Radford (d’après le roman culte de George Orwell), le gouvernement despotique de Big Brother contrôle même les marques consommées par les citoyens. L’insigne du parti au pouvoir, Victory, est imprimé et inscrit sur tous les objets de la vie quotidienne, y compris les paquets de cigarettes.

Temps, gènes : tout s’achète !

Tout s’achète dans le futur, y compris le temps, qui devient l’unité monétaire mondiale dans le film Time Out d’Andrew Niccol. Nous sommes dans une société où l’être humain subit un vieillissement accéléré à 25 ans révolus. S’ensuit une course à l’appropriation de cette monnaie-temps qui permet de ne pas mourir trop vite. Le héros du film braque des banques de temps pour récupérer des millénaires et les distribuer aux plus pauvres, tel un Robin des bois de science-fiction. Time is money, comme on dit.

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Dans Bienvenue à Gattaca, le consommateur loue ou achète du patrimoine génétique modifié et choisit la couleur de la peau, le sexe et le quotient intellectuel de son enfant. Dans ce supermarché eugéniste, les bons gênes et chromosomes ne sont jamais soldés ! Dans un registre plus léger, le consommateur de lion (de Steven Lisberger, 1982) cherche avant tout a se dégotter un costume « aux néons », must have de la haute couture. Toujours dans lion, des concepteurs de jeux vidéo proposent aux gamers des heures de « téléportation récréative » bien moins dangereuses qu’une séance d’UV. Dans Le Retour du Jedi (Épisode VI, sorti en 1983 et réalisé par Georges Lucas et Lawrence Kansas), la princesse Leia Organa fait du shopping dans un supermarché intergalactique et craque pour un bikini métallique. Après un séjour du côté obscur de la force, cela remonte le moral…

Karim Madani

Article publié dans le Silex ID Magazine #06

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