Un esprit libéré dans un corps libéré
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Nos sociétés mutent et nos activités physiques et sportives avec. Mieux et plus informés, plus urbains, plus stressés, plus sensibilisés ou tout simplement curieux, nous, Homo sapiens, tendons de plus en plus au bien-être. Et l’évolution de nos pratiques et outils sportifs en est une traduction visible. Demain, nous nous reconnecterons à nos corps.

Euro de foot en France, Jeux Olympiques de Rio, la ferveur du public pour les compétitions sportives en dit long sur le pouvoir social du sport. Elle n’est toutefois pas à l’image de la manière dont les Français aiment mouvoir leurs corps. Une récente enquête du ministère des Sports souligne que 58% des Français de 18 ans et plus pratiquent une activité physique au moins une fois par semaine. Mais le détail des activités accomplies, comme les lieux dans lesquels elles se font, montrent une montée en puissance de pratiques moins institutionnalisées, plus autonomes. Parmi les 2 millions d’adeptes du yoga, 5 millions d’adeptes de la course à pied et autres amoureux de randonnée ou de vélo, une majorité déclare s’y adonner en plein air ou à domicile. « On passe d’une logique ludique et/ou compétitive à une logique de consommation de la pratique sportive. Les gens veulent pratiquer seuls, à l’heure qu’ils souhaitent, dans les conditions qui leur conviennent. Ils n’ont plus envie d’un cadre formel, d’où un recul ou une stagnation de la pratique licenciée, notamment pour le tennis ou les sports collectifs », analyse Benjamin Carlier, fondateur et dirigeant du Tremplin, plateforme d’innovation pour le sport de Paris.

Reprendre le contrôle

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Autonomie, autogestion et rejet d’un modèle basé sur la compétition et la performance, trois facteurs qui témoignent d’une évolution de notre perception des pratiques sportives. Aujourd’hui, et demain plus encore, nos activités physiques viseront principalement le plaisir et le bien-être. « On ne fait pas du yoga pour avoir du biceps, des super pectoraux, ou des cuisses remodelées, insiste Hélène Duval, professeur de Yoga et fondatrice de Yoga in The City. On fait du yoga pour maintenir ou réactiver le lien entre le corps et le mental. Bien sûr, c’est une activité physique, avec un travail postural. Mais ce n’est pas une séance de fitness. Sa pratique permet d’explorer son subconscient ». La pratique physique d’aujourd’hui se caractérise par un recentrage sur soi, un retour à l’équilibre. Mais la dimension moins contraignante s’impose également dans le paysage sportif.

« Depuis plusieurs années, on constate l’évolution de pratiques physiques à locomotricité externe, c’est-à-dire qui utilisent des voiles, des planches, des outils pour décupler les sensations à moindre dépense énergétique, comme le kitesurf et les activités de pleine nature. C’est aussi cela l’avenir, souligne Luc Collard, Directeur de l’UFR Staps de l’Université Paris Descartes. L’important, c’est de se sentir bien, dans ses baskets, dans son corps, avec les autres. On peut imaginer que des activités neuves arriveront et sauront mettre en avant ce type de produits ».

Ces aspirations modernes n’ont jamais autant coïncidé avec la fameuse citation de Juvénal « un esprit sain dans un corps sain », que l’on pourrait transformer en « un esprit libéré dans un corps libéré », tant la pression du quotidien nous accapare. « Aujourd’hui, presque tout nous échappe. Nous contrôlons peu de choses. La folie des réseaux sociaux et l’effervescence médiatique nous sollicitent et nous informent à la seconde. Et l’on vit de plus en plus dans de grandes villes en mouvement continu. Au final, le stress est devenu environnemental. Face à cela, la seule chose qui nous appartienne vraiment et que l’on peut contrôler ; c’est notre corps. Se recentrer dessus permet de recréer une bulle de sérénité », estime Hélène Duval.

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Un miroir de notre société

Il n’est donc pas étonnant de voir se multiplier les runners avides de décompression, les différents styles de yoga « inventés » par l’Occident ou les marches méditatives. Des balades nature, lentes, de préférence pieds nus, pour activer notre corps avec délicatesse en prenant soin de ressentir les sons, les odeurs, la beauté des paysages. Privilégiant le plaisir, beaucoup se tournent vers des activités faciles à pratiquer et à partager. Du boom de l’aquagym au succès grandissant du padel (mix entre tennis et squash accessible à tous), la diversification de pratiques vouées à se faire du bien s’accélère et se diffuse dans la population. Au point de s’interroger : les activités physiques que nous pratiquons sont-elles à l’image de notre société ?

Pour Luc Collard, c’est une évidence : « l’étude du sport est la clé de l’étude des sociétés. Dis-moi ce que tu fais, je te dirais dans quelle société tu vis. À étudier ces mutations d’activités physiques, on perçoit les grandes modifications qui traversent notre société. Défier les cartes de la pure compétition, par exemple, est l’indicateur d’une société moins structurée qu’auparavant par la concurrence, moins encline à vivre dans un régime très libéral. On retrouve également la sensibilité écologique. C’est aussi l’aboutissement d’une motricité qui est de moins en moins violente, sédentarisée ».

Une multiplication des objets connectés

La révolution technologique et numérique que nous connaissons influe aussi sur la manière dont nous pratiquons une activité physique. La multiplication d’objets connectés visant à mesurer et accompagner coïncide avec l’époque et la volonté croissante de reprendre le contrôle sur nous-mêmes. « Nous sommes les premiers conducteurs de notre santé et pourtant, nous avons peu de retours sur ce que notre activité physique engendre sur notre bien-être. Dans le futur ; on trouvera cela très étonnant. Les technologies et applications, qui ne sont pas perçues comme des appareils médicaux, peuvent accompagner une prise de conscience et éclairer notre comportement au quotidien. Elles fabriquent une information utile pour mieux piloter sa santé, au service de notre bien-être sur le long terme », assure Cédric Hutchings, cofondateur de Withings, société française spécialisée dans les objets connectés. Les produits qui arrivent sur le marché, composés de capteurs de plus en plus intelligents, pourraient motiver des pratiques plus régulières sur la durée. Au sein du Tremplin, la start-up L-see travaille sur une solution permettant de mieux connaître son métabolisme et de savoir quelle activité physique est la plus adaptée pour perdre du poids par exemple.

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En définitive, les évolutions de nos pratiques sportives reflètent celles de nos sociétés. Et en disent long sur notre rapport au corps et à la santé. Dans un futur qui promet de rallonger la vie, de larges franges de la population ont pris conscience que le seul moyen en leur possession de s’attaquer aux maladies modernes, tels les cancers ou le diabète, est d’agir sur leurs corps et leurs esprits.

Fanny Costes

Article publié dans le Silex ID Magazine #07

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