Une nouvelle race de champions
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Nos loisirs préférés vont être profondément bouleversés par les progrès technologiques et informatiques. De nouveaux sports font leur apparition, comme les combats de robots ou les courses de drones. Dans les grandes compétitions sportives comme dans les jeux de société, de nouveaux champions vont s’imposer…

Ces dernières années, on a vu de nombreux sportifs se frotter à des compétiteurs mécaniques : l’attaquant français Antoine Griezmann qui peine à marquer des buts contre un robot-gardien, Tiger Woods impressionné par le robot-golfeur Eldrick, le champion allemand de tennis de table Timo Boll défi par KUKA, un bras robotique doté d’une dextérité impressionnante… Même Barack Obama a échangé quelques passes de ballon rond avec le robot japonais Asimo lors d’une séquence très médiatisée. Face à ces exploits, on peut légitimement s’interroger sur l’avenir de ces robots-sportifs : seront-ils les stars de nos stades demain ? Et surtout, le public est-il prêt à s’enthousiasmer pour cette nouvelle génération d’athlètes ?

 

Robots : les nouveaux combattants 

Selon les dirigeants de l’entreprise Megabots, c’est un marché de plusieurs milliards de dollars qui pourrait se développer dans les années à venir. Pour donner le coup d’envoi de ces nouveaux événements, la marque a récemment mis en scène une compétition totalement inédite : elle a convoqué ses rivaux japonais, l’entreprise Suidobashi Heavy Industries, pour un combat de robots géants. Déf accepté par les Japonais. Les entreprises rivales font d’abord monter la sauce par vidéos interposées, dans lesquelles elles dévoilent progressivement leurs combattants : d’un côté l’Américain Mark II, 4,5 mètres de haut pour 5,5 tonnes (et que les internautes ont pu contribuer à fiancer via une campagne Kickstarter) ; de l’autre, le Japonais Kuratas, 3,9 mètres pour un poids de 4,5 tonnes. Le combat, attendu dans le monde entier par toute une génération biberonnée aux fims de la série Transformers, devrait avoir lieu en juin 2016. L’enjeu n’est pas tant de savoir qui remportera le duel que de mesurer le niveau de médiatisation de l’événement. Parviendra-t-il à passionner au-delà d’un cercle initial forcément geek ?Avant même de le savoir, ce nouveau genre sportif affine ses règles du jeu. On retrouve même, à l’instar de la boxe, des catégories pour ses combattants : du Nanoweight (moins de 25 grammes) au Super Heavyweights (plus de 150 kilos).

Mark II, le méga-robot américain défiera le japonais Kuratas dans un combat digne de la série Transformers.

Le chercheur en sciences informatiques Gabriel Ganascia s’émeut déjà de ces nouvelles disciplines ultra-violentes à base de « lames tournantes, de lanceflmmes, de béliers, de catapultes, etc. ». Dans l’ouvrage collectif En compagnie des robots (éd. Premier Parallèle), il évoque l’empathie que l’on éprouve naturellement pour un robot, et la compassion qui en découle. Faire subir une violence gratuite et sans frein à ce robot permettrait selon lui de s’habituer et de devenir insensible « aux formes de violences exercées à l’encontre de tous ceux pour lesquels je suis susceptible d’avoir de l’empathie, en particulier les animaux et, surtout, mes semblables ». Bref, Ganascia invite à respecter les robots comme on respecte un homme ou un animal – au risque de verser dans une acceptation dangereuse de la violence. Pas sûr que l’on croise le chercheur dans les arènes où s’affronteront Mark II et Kuratas dans les mois à venir…

Courses de drones

Moins violentes, mais tout aussi spectaculaires, les courses de drones ont, elles aussi, le vent en poupe. Certaines visent l’exploit visuel. C’est le cas de Dubaï, qui a organisé cette année la première édition du World Drone Prix, remportée par un jeune Britannique de 15 ans, dont le drone a défié à plus de 100km/h à travers des arceaux lumineux disposés dans la ville. D’autres visent le défi technologique : en Floride, des étudiants ont récemment donné le coup d’envoi de la Brain Drone Race, la première course de drones entièrement pilotés par l’esprit ! Là encore, le potentiel économique de ces compétitions est gigantesque. D’ici 2025, le marché des drones pourrait peser
entre 6 et 12 milliards de dollars. Les titans américains du sport anticipent déjà la transition. Stephen Ross, qui détient les Miami Dolphins (NFL), a ainsi investi 1 million de dollars dans la toute récente Drone Racing League, convaincu que les sponsors se jetteraient sur l’événement et que la billetterie affiherait vite complet.

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Lule Bannister, pilote britannique virtuose de 15 ans, a remporté le World Drone Prix de Dubaï de 2016. Son équipe, les Tornado X-Blades Banni UK, a empoché 250 000$.

La saison 2016 comptera pas moins de 6 courses géantes aux États-Unis. Nicholas Horbaczewski, le patron de cette Ligue, est conscient du challenge : « on doit construire à la fois un sport, une technologie, un business, et une fan base !». Pour ce dernier élément, le défi est en effet de taille : les spectateurs sont-ils prêts à s’attacher et à s’identifier à des robots autant qu’ils le font pour des sportifs comme Cristiano Ronaldo, Lebron James ou Roger Federer ? Les sponsors accepteront-ils de prêter leur image à ces compétitions métalliques ? Les bookmakers parviendront-ils à s’agiter pour ces combats davantage dictés par une logique technologique que par la magie du dépassement humain ?

Quoi qu’il en soit, l’avènement de ces nouvelles compétitions sportives annonce des disciplines toujours plus spectaculaires qui susciteront au moins la curiosité. Toujours à la pointe, les Émirats Arabes Unis ont récemment annoncé la toute première édition des World Future Sports Games, qui auront lieu en décembre 2017 avec au programme neuf compétitions. On y retrouvera notamment des robots qui nagent, qui courent, qui se battent, qui jouent au ping-pong ou qui se défint au volant de bolides… Pour la première fois dans l’histoire du sport, les stars ne seront pas des athlètes mais des ingénieurs et des informaticiens. On n’a pas fini de les applaudir…

Le World Drone Prix de Bubaï est la plus grande compétition du genre, qui rassemble les meilleurs pilotes du monde entier. Un prémice aux Jeux Olympiques du Futur, qui auront lieu fin 2017 !
Le World Drone Prix de Bubaï est la plus grande compétition du genre, qui rassemble les meilleurs pilotes du monde entier. Un prémice aux Jeux Olympiques du Futur, qui auront lieu fin 2017 !

Tout dans la tête

Aux côtés de ces robots sportifs, les amateurs de loisirs plus “intellectuels” verront eux aussi leurs hobbies passablement évoluer dans les années à venir. Et pour ces adeptes de jeux de société, c’est l’intelligence artificielle qui a déjà commencé à tout bousculer. On se souvient tous de ce coup de tonnerre en 1997, lorsque Deep Blue, l’ordinateur conçu par la société américaine IBM, a battu au jeu d’échecs le russe Garry Kasparov, alors six fois champion du monde. Cette humiliation infligée à l’humain par la machine annonçait, selon les observateurs, l’avènement de nouveaux partenaires de jeu privilégiés. Voire, pour les plus sceptiques, la disparition imminente de l’humanité. Vingt ans plus tard, l’humanité a survécu, mais peu de joueurs d’échecs ont accepté de se plier à nouveau à un duel avec un ordinateur.

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Avec la puissance des processeurs d’aujourd’hui et le raffinement des  programmes, l’homme n’aurait de toute manière aucune chance de l’emporter et serait battu de manière inévitable, quel que soit le jeu. Aux dames, par exemple, il existe 500 milliards de milliards (5 suivi de 20 zéros) de coups possibles. Rien de bien vertigineux pour un logiciel d’aujourd’hui qui peut facilement connaître toutes les combinaisons possibles et réaliser la partie parfaite du premier coup jusqu’au dernier, en toute circonstance. Jusque tout récemment, on pensait que dans certains jeux, l’esprit humain continuerait à s’imposer face à l’intelligence artificielle. Au jeu de go, par exemple, il existe un nombre quasi infini de coups possibles (essayez d’écrire sur une feuille de papier 14 suivi de 767 zéros !). Las, il y a quelques semaines, l’ordinateur Alphago de Deep Mind (fiiale de Google) a mis 4 matchs à 1 au champion Lee Sedol.

« Je me suis senti impuissant » a déclaré suite à sa défaite le titulaire de 18 titres internationaux.

Après avoir triomphé au jeu le plus compliqué inventé par l’humanité, l’intelligence artificielle a-t-elle encore quelque chose à prouver ? La réponse est oui, et certains informaticiens réfléchissent déjà à l’étape suivante. Si AlphaGo a été développé par des programmateurs en chair et en os, on peut encore imaginer des logiciels qui se développeraient de manière autonome, grâce à un apprentissage prédictif (ou apprentissage non supervisé). Cela leur permettrait d’acquérir du bon sens pour jouer de manière moins mécanique et plus “humaine”.

Les nouveaux champions

Dans les stades ou sur la table du salon, les robots seront-ils demain les stars de nos loisirs préférés ? Pourra-t-on se passer d’humains pour se divertir, et surtout acceptera-t-on d’applaudir les exploits de machines et de programmes informatiques ? Alors que 7 français sur 10 craignent que leur job ne soit remplacé par la technologie dans un avenir proche, il semblerait que les athlètes et les joueurs professionnels aient aussi une bonne raison de se sentir menacés par cette nouvelle génération de champions…

Olivier Van Bockstael

Article publié dans le Silex ID Magazine #07

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